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8.9.15

Boycott et halalattitude

La nouvelle vague d’agitation qui traverse les communautés musulmanes de Belgique à l’approche de la Fête du Sacrifice ce 24 septembre 2015 est à nouveau symptomatique de la façon dont « elles » (je veux dire ses leaders communautaires et religieux en particulier) sont traversées par de nombreuses tensions et contradictions de différents ordres.

Quelques éléments de réflexions et pistes pour l’avenir

A) Organisation et logistique communautaires

Tant les Ministres du bien-être animal Ben Weyts (Région Flamande) que Carlo Di Antonio (Région Wallonne) ont annoncé dès leur entrée en fonction il y a plus d’un an qu’ils avaient l’intention d’interdire l’abattage rituel sans assommage électrique préalable dans tous les abattoirs temporaires pour la Fête du sacrifice 2015. L’abattage rituel sans assommage, quant à lui, reste autorisé dans les abattoirs commerciaux fixes.

Pendant plus d’un an, hormis quelques réunions marginales de certains membres de l’EMB ou d’Union de mosquées locales, les institutions musulmanes sont restées dans une position attentiste, faisant quelque part le pari que les ministres n’oseraient pas passer aux actes. Ben si, ils ont osé, pour différents types de motivations qui ne relèvent pas toujours du bien-être animal mais parfois du conflit civilisationnel comme l’a déclaré d’ailleurs le ministre NVA Ben Weyts (voir ses déclarations de l’été qui ont finalement réveillé le landernau associatif musulman).

Aujourd’hui, on en appelle au boycott et l’on voit tous les soldats de la 25ème heure se réveiller et partir en prêches enflammées sur leurs minbars : ils vont leur montrer à ces ministres le poids de la communauté musulmane : si l’on boycotte, l’élevage ovin belge ne va jamais s’en remettre. Espérant bien entendu que les éleveurs vont se joindre à leurs protestations en organisant des lâchers de moutons dans les rue de Namur ou de Bruxelles.

Comme je l’annonçais dès la mi-août, ces initiatives de boycott auront un impact marginal. Pour plusieurs raisons : on ne parle que de quelques milliers de moutons, répartis entre des dizaines d’éleveurs, qui, s’ils doivent râler sur leur perte sèche en temps de difficultés économiques pour le secteur, ne vont pas boire la tasse pour quelques moutons non plus. En tout cas pas assez pour se mobiliser massivement. De nombreux moutons proviennent également de l’importation. On voit mal les éleveurs écossais venir « mettre le souk » à Namur.

Par ailleurs, la question du sacrifice en abattoir temporaire concerne massivement les communautés d’origine maghrébine qui sont encore culturellement très attachées au sacrifice d’un mouton, dans un acte individuel à portée essentiellement familiale (sacrifier le mouton le jour de la Fête, méchoui le soir-même avec le foi et tout le toutim en compagnie de la famille…). En ce qui concerne les communautés d’origine turque, une grande partie profite de l’occasion pour sacrifier des bovins de manière collective (7 parts pour un bœuf), et est de toute manière obligée de passer par les abattoirs fixes commerciaux où l’abattage rituel est tout à fait permis. Bref, ces familles n’ont aucun intérêt au boycott.

Il en va de même pour tous ceux qui ont choisi de sacrifier un mouton et qui s’y sont pris à temps pour négocier l’abattage avec les abattoirs fixes – voire temporaires pour la Région bruxelloise. Cela fait déjà un nombre certains de familles qui auront l’occasion de profiter de l’abattage rituel légal. Il ne reste donc qu’un nombre relativement restreint de familles qui vont devoir recourir « au boycott », car dans l’impossibilité logistique de faire face à la situation – faute de prévoyance communautaire.

Si l’on peut reprocher aux autorités de n’avoir pris aucune disposition pour gérer la question logistique de l’abattage rituel – à savoir comment faire absorber en 3 jours à peu près 30.000 moutons aux abattoirs fixes commerciaux – en particulier dans certaines provinces comme celles de Namur, du Hainaut ou du Limbourg où l’offre en abattoirs pour ovins est extrêmement limitée, il n’en reste pas moins que le défaut de prévoyance repose en priorité sur les institutions communautaires musulmanes.

En effet, on ne peut reprocher à l’Etat de ne pas vouloir s’immiscer dans la logistique de la Fête du sacrifice quand il s’agit  essentiellement d’intérêts privés (consommateurs, éleveurs, abattoirs…). Les abattoirs fixes fonctionnant sur une logique purement commerciale, on peut comprendre qu’ils ne peuvent pas tous réaménager radicalement leurs carnets de commande à brève échéance pour gérer un pic d’abattage de près 30.000 moutons en plus des bovins à sacrifier pour l’occasion.

En s’organisant un an à l’avance, des institutions communautaires efficaces auraient pu :
-    Se mettre d’accord sur la date de la Fête du sacrifice. La Diyânet qui a depuis longtemps adopté le calcul astronomique pour la détermination des dates des Fêtes musulmanes est tout à fait en mesure de fournir les dates de fête plusieurs années à l’avance. Ce genre de question logistique démontre une fois encore l’inanité de la vision oculaire dans une société complexe qui a abandonné les joies du pastoralisme depuis longtemps ;
- Négocier avec les abattoirs commerciaux l’insertion du pic d’ovins et de bovins dans leur chaîne d’abattage. Cela leur aurait permis une gestion prévisionnelle du flux à moyen terme et d’étaler leurs commandes avec leurs clients réguliers ;
-   Lier des contacts avec les syndicats d’éleveurs pour parer à toute éventualité d’une demande de pression politique concertée entre les différentes parties prenantes de cette chaîne, de l’éleveur au consommateur ;
-   Analyser de manière pointue les défis de cette première mise en œuvre coordonnée à grande échelle de l’abattage rituel lié à la Fête du Sacrifice et donc d’interpeller judicieusement le politique là où son appui aurait pu être nécessaire, du niveau local au niveau régional.

Aujourd’hui, il est bien trop tard pour cela, mais pas trop tard pour 2016. Les éléments de réflexion ci-dessus sont libres de droit : que les institutions communautaires n’hésitent pas à s’en servir.

Dernier point à ce sujet : le Comité des oulémas de l’Exécutif des Musulmans de Belgique a promulgué une fatwa la semaine dernière autorisant les musulmans à ne pas sacrifier d’ovins ou de bovins vu la situation. Ils sont allés jusqu’à autoriser ceux qui choisiraient de s’abstenir ou de boycotter à ne pas compenser par un don leur renoncement au sacrifice.

On peut s’étonner de la motivation de cet avis : s’il s’agit de vraiment boycotter, alors autant encourager le don : au moins l’esprit de partage de la Fête n’est pas perdu et il y a assez de misère de par le monde pour trouver à qui donner à cette occasion. Si l’idée était d’alléger le fardeau des musulmans faisant face à des difficultés économiques et dans l’impossibilité de sacrifier ou de faire un don, alors l’opportunité de lier ce genre de dérogation à la question du boycott me paraît très malvenue. Je suis cependant convaincu que tout musulman sincère qui choisit de boycotter n’hésitera pas à faire un don équivalent au prix de son mouton (par exemple : Diyânet, etc.).

Il n’en reste pas moins que cette « halalisation » du boycott par les instances communautaires a au moins le mérite de faciliter la gestion de déçus du sacrifice et d’éviter le retour aux abattages rituels dans les baignoires ou les arrière-cours.

B) Abattage rituel et halalattitude

L’autre question reste bien entendu d’ordre jurisprudentiel et métaphysique.

Dans le feu de l’action, certains n’hésitent pas à s’emporter, rêvant d’une unification de l’oumma européenne qui boycotterait toute viande halal pendant un mois pour mettre la pression sur le politique en vue d’empêcher l’interdiction, à terme, de tout abattage rituel sans assommage électrique.

Bref, si ce genre de discours relève plus de la pathologie du « tawhîd al-umma » traduisant un grand sentiment d’impuissance face aux événements et à l’action politique, il permet surtout de ne pas s’interroger sur la question du halal et de l’importance démesurée que prend cette dimension pour les musulmans en contexte minoritaire. Plus qu’une affaire de rituel, il s’agit d’une véritable question identitaire qui doit être traitée de son plein droit dans un article qui lui serait exclusivement dédié.

Il m’importe plus ici de questionner les éléments « religieux » autour desquels s’articule ce discours identitaire.

Comme j’ai pu le rappeler dans différentes interviews, le soucis du bien-être animal n’est pas la chasse gardée (si je puis dire) des militants du respect de la vie animale. Tout le monde a à cœur de prendre soin de leur bien-être, les sacrificateurs musulmans y compris.

Ensuite, il est important de rappeler que tous les animaux sont saignés pour être vidés de leur sang, qu’ils soient destinés à la consommation kosher/halal ou non.

La seule question qui compte, in fine, c’est de savoir si l’assommage (par choc électrique) permet, ou non, de diminuer la souffrance animale.

Les partisans de chaque méthode (avec ou sans assommage) fournissent un ensemble d’études scientifiques toutes aussi concluantes les unes que les autres, selon les indicateurs de souffrance choisis. Ces études, malheureusement, servent surtout à renforcer les convictions de chaque camp sans pour autant remporter l’avantage décisif, chacun n’hésitant pas à faire dans la campagne de communication « trash » sur les média sociaux à grand renfort de vidéos plus violentes les unes que les autres.

J’ai également appelé à ce que les ministres responsables mettent sur pied une commission réunissant des scientifiques pour et contre l’assommage pour analyser de manière collective et pluridisciplinaire les évidences scientifiques disponibles, sans tabou. Ce travail pourrait être mené dans une commission commune aux trois régions.

Il n’en reste pas moins que la souffrance, au-delà de certains indicateurs neurobiologiques, reste une question philosophique, voire métaphysique. Il nous est impossible d’arriver à une définition commune de ce qu’est notre propre souffrance, chaque être humain ayant une perception, voire une capacité de résistante différente face à un même stimulus de souffrance, avec des conséquences variées sur nos comportements. Si l’on ne veut pas se borner à une conception mécaniste de l’animal, ne serait-il pas concevable de faire également l’hypothèse d’un rapport différencié de chaque animal face à la souffrance, ce qui rend dès lors la délimitation d’un seuil de souffrance effective plus difficile qu’il n’y paraît de prime abord. Une telle approche, soit dit en passant, n’est d’ailleurs pas incompatible avec la théologie musulmane qui n’exclut pas l’existence d’un devenir pour les animaux dans l’Outre-Monde après leur Résurrection (voir versets 6:38 et 81:5) ce qui suppose au moins l’existence d’une âme individuelle pour chaque animal avec tout ce que cela implique (voir T. Oubrou, L’Unicité de Dieu, Gédis, 2006, pp. 141-145).

Si l’on se soucie véritablement du bien-être animal, on admettra que la question vaut mieux que l’assénement d’études scientifiques sans débat contradictoire, débat qui pourrait permettre d’identifier des aspects encore à explorer de la question de la souffrance animale.

Si les conclusions d’une telle entreprise pluridisciplinaire devaient être que les animaux souffrent effectivement moins lorsqu’ils sont assommés préalablement, cela imposerait aux théologiens musulmans (et juifs) de reconsidérer l’approche de leurs Textes de référence.

En ce qui concerne l’islam en tous cas, le travail semble déjà bien entamé. Les oulémas de Nouvelle-Zélande, par exemple, un des plus gros exportateurs de viande halal, ont validé le principe de l’électronarcose : celle-ci fait en sorte que les fonctions vitales de l’animal restent intactes. L’animal est inconscient pendant quelques dizaines de secondes. S’il n’est pas égorgé, il se ranime et peut reprendre une vie normale.

Il se fait cependant que persiste chez de nombreux musulmans une mauvaise lecture littérale du verset 5:3, elle-même largement soutenue par une longue série d’oulémas étoilés au Guide Michelin du conformisme religieux (taqlîd). Le Coran énonce une série d’animaux impropres à la consommation, souvent pour des raisons de santé et d’hygiène liées à la présence de sang dans le corps de l’animal qui ne serait pas saigné (voire traduction ci-dessous).

Un terme fait toute la différence dans le cas qui nous concerne : mawqûdha : la plupart des gens traduisent par « [la bête] assommée », comprenant dès lors que le Coran refuserait l’idée de tout assommage avant égorgement. Un retour au Lisân al-‘Arab, le dictionnaire le plus complet et le plus proche de la langue arabe du moment coranique, démontre que mawqûdha ne signifie pas « assommée » mais « morte à la suite de coups répétés ». L’interdiction de ce type de viande se justifie pleinement puisque la saignée n’aurait pas été effectuée avant le décès de l’animal pour rendre sa viande propre à la consommation – y compris selon les règles de l’AFSCA. Il n’est dès lors pas étonnant que les oulémas néo-zélandais aient pu arriver à la conclusion qu’une électronarcose ne pose pas de problème en soi si elle est réalisée dans des conditions idéales pour le bien-être animal.

Il semble donc que l’on est face à une véritable maldonne que n’hésitent malheureusement pas à entretenir certains entrepreneurs identitaires ou certains entrepreneurs (tout court) ayant de juteux intérêts financiers dans la consommation massive d’aliments prétendument « halal ». 

Traduction proposée par Rachid Benzine :

« Vous sont interdits : la bête morte (il s'agit évidemment ici de la consommation de sa chair) ; le sang (on le dit réservé aux dieux dans tout le Proche Orient pastoral, mais en fait il risque d'empoisonner les hommes), la chair du porc (absent en Arabie à l’époque du Prophète, mais interdit dans Deutéronome, 14:7-8, Lévitique, 11:7) ; ce (les animaux sacrifiés) sur quoi a été prononcé un autre nom (divin) que Dieu, la bête étranglée (on traduit souvent étouffée), morte sous un coup (mawqûdha), d'une chute, encornée ; ce (les animaux) que les fauves ont dévorés, sauf la bête que vous avez purifiée (c'est-à-dire égorgée vous-mêmes avant qu'elle ne soit morte, précision avec raison de Muhammad Hamidullah) ; ce qui est sacrifié (par égorgement) sur la/les pierre(s) (le mot nusub pose problème on ne sait si c'est un singulier ou un pluriel ; nasaba donne l'idée de planter une pierre dans le sol ou simplement la poser pour marquer) ; (vous est interdit) de partager les lots (des bêtes égorgées) en tirant les flèches (voir autres passages en lien avec le maysir : 2:219 ; 5:90) : tout cela est transgression ».

Commentaire de Rachid Benzine (par courtoisie de son auteur, édité pour les besoins de cet article) :

Ce verset s'insère dans une série sur les interdits liés au pèlerinage concernant les animaux destinés au sacrifice et l'interdit de la chasse qui doivent relever d'une continuité de tradition et certainement pas d'une innovation que l'on croirait coranique. Dans sa ritualité, le pèlerinage qui va devenir musulman s'inscrit dans le ritualisme tribal précédent. Seule la puissance divine invoquée a changé mais non pas la gestuelle humaine ni ce que l'on attend en retour de son pèlerinage et du sacrifice consécutif en matière de don et de contre-don entre l’homme et le divin.

Le verset 3 est accolé sans véritable solution de continuité avec les deux premiers versets, peut-être parce qu'il est question d'une thématique sur l'abattage d'animaux (animaux de sacrifice ou de chasse). Sur la question de la consommation des bêtes abattues, il faut aussi comparer avec 2:173 (sauf contrainte) ; 16:115 (sauf contrainte) ; 6:145 (sauf contrainte, passage le plus explicite).

En cas de situation de force majeure (pour préserver sa vie), les interdits sont levés. Le musulman peut manger du porc, etc. si il y est contraint, car ce qui est recherché constamment, c'est de rester vivant pas de vouloir aller au paradis au détriment de sa survie. La vie passe avant la mort. Si, malheureusement - et pas heureusement - la vie est perdue dans la voie de Dieu (au combat) alors que l’on a tout fait pour la préserver, le paradis arrive comme compensation (mais cette rhétorique ne semble pas avoir eu beaucoup de succès dans le monde tribal).

En ce qui concerne l'interdit sur les bêtes non égorgées ce n'est certainement pas une innovation coranique. S'il y a un rapport avec les interdits alimentaires du Deutéronome et du Lévitique, cela concerne uniquement le porc. Or, il n'y avait pas de porcs ni de sangliers en Arabie, contrairement au Proche Orient et à tous les pays montagneux plus au nord. On est donc face à un élément biblique intégré comme pour se mettre en conformité avec une révélation antérieure mais sans aucun effet sur le terrain puisqu'il n'y a pas de porc en Arabie.

En ce qui concerne les autres animaux par exemple l'animal déjà attaqué par un fauve (loup, lion d'Arabie, panthère d'Arabie, guépard) l'interdit est certainement dans la continuité de la pratique locale. Elle se ramène sans doute au fait que l'animal n'a pas été immédiatement vidé de son sang dans les cas évoqués : strangulation, mort sous les coups, sous l'effet d'une chute ou trouvé mort. Dans ces cas, la viande peut se corrompre très rapidement. Or, dans la coutume tribale ancestrale, on connaissait le risque d'empoisonnement qu'il y avait à consommer un animal encore en sang. Le type de consommation de la viande en Arabie consistait à égorger pour ensuite découper la viande en lanières que l'on mettait à sécher au soleil. La viande ainsi séchée pouvait être consommée sans problème. On retrouve cette coutume dans les jours du pèlerinage qui succèdent au sacrifice et qu'on appelle ayyâm al-tashrîqsharraqa signifiant le fait de découper la viande des bêtes sacrifiées en lanières pour la mettre à sécher au soleil et la consommer plus tard. Cela se fait immédiatement après que l'animal ait été vidé de son sang pour éviter le pourrissement, la contamination et l'empoisonnement.
Le Coran ne fait que confirmer la pratique locale de la conservation des viandes à des fins de consommation. 

C) Quelques considérations pour la route

1)     Comme on peut le lire au travers du verset 5:3, le « halal » ne relève pas du domaine du sacré, mais de la simple licéité de consommation pour des questions essentiellement hygiéniques, confirmant les pratiques (‘urf, mar‘ûf) de l’époque préislamique. La saignée de l’animal ne sanctifie pas sa viande en quelque sorte. Elle revêt encore moins une quelconque dimension identitaire qui servirait à différencier le musulman du non musulman. Tous les habitants de Médine et de La Mecque, païens, musulmans et juifs consommaient leur viande de manière identique. Il est donc urgent de reconsidérer la notion de « halal » telle qu’elle est comprise et vécue par les musulmans vivant en contexte minoritaire, en particulier en Europe. Et ce d’autant que le surinvestissement émotionnel dans le « halal » suscite, en retour, un surinvestissement identitaire et émotionnel dans la consommation de cochon et de ses dérivés ainsi que de l’alcool au sein de la population majoritaire non musulmane. Une réaction en chaîne d’actions et de contre actions identitaires autour des régimes alimentaires a été enclenchée. Il me semble urgent de la ramener à de justes proportions.
2) Quelle énergie convient-il encore de consacrer à l’organisation de la Fête du sacrifice et du déploiement d’abattoirs temporaires ? La pratique du sacrifice est une affaire générationnelle qui tend progressivement à disparaître, les 2ème et 3ème générations n’ayant plus trop le goût à passer les jours de fêtes les mains dans les entrailles de mouton à préparer le méchoui familial. Les dons à l’étranger sont en augmentation et l’on peut parier que la tendance n’est pas prête de s’inverser. Les autorités communautaires n’auraient-elles pas intérêt à favoriser la transition en encourageant les dons plutôt que la pratique du sacrifice ? 
3) D’une manière plus générale et à l’aune de l’intention officielle des Ministres du bien-être animal d’aller vers une interdiction complète de l’abattage rituel sans électronarcose pour 2020, ne conviendrait-il pas de s’interroger en profondeur – et sans tabou – sur le bien-être animal en général : cesser les « accommodements raisonnables » culturels quand il s’agit des cuisses de grenouilles, de la cuisson des homards et du gavage des oies (quitte à décevoir les esprits chagrins, précisons que les musulmans n’ont pas le monopole de la barbarie). Revoir en profondeur l’élevage intensif et les souffrances intenses qu’il inflige aux animaux, les conditions de leur transport, les conditions réelles de l’abattage, y compris avec électronarcose, dans les abattoirs fixes commerciaux où il n’est pas rare que les animaux soient découpés alors que la narcose n’est plus opérantes à 100% car cela coûterait trop cher de les y soumettre une deuxième fois… 
La liste est longue des conditions inhumaines et des humiliations qui sont infligées aux animaux pour satisfaire les besoins en viande d’une société de consommation et de gaspillage, qu’il soit halal, kosher ou « philosophiquement neutre ». 

Si à l’aune du prescrit coranique du respect de l’animal, quasi aucune viande labellisée « halal » ne l’est en vérité vu les conditions de sa production, la recherche du respect de l’environnement et de la vie en général ne devrait-elle pas pousser à une incitation à une consommation accrue de végétaux et à une diminution drastique de toute forme de régime carné ? Et cela vaut, bien entendu, pour l’ensemble de la société, étant compris qu’une telle remise en cause est encore plus impérative pour celles et ceux qui se revendiquent comme étant porteurs d’une éthique du respect de la Vie.


Au-delà d’un boycott pour se donner bonne conscience, ou de l’enfermement dans une halalattitude intransigeante, ce sont, à notre sens, quelques unes des questions prioritaires que devraient se poser les oulémas de Belgique et d’ailleurs. Malheureusement, leur silence reste étourdissant.


13.8.14

A new (progressive) narrative for Europe

Opinion publiée en juillet 2014 dans la revue "New European" de l'organisation UNITEE. J'y reviens encore sur l'importance d'un nouveau grand récit pour l'Europe, qui parte de la base et ne soit pas une construction intellectuelle fumeuse destinée à servir de cache-sexe à la misère néo-libérale de l'actuel consensus de Bruxelles.

A renewed narrative for the EU seems to have been the Grail of the outgoing European Commission. A couple of years ago, EC President Barroso tasked a group of high profile intellectuals and artists to lay the ground for a narrative that could breathe new life into the European project. Confined to a very philosophical, though interesting, exercise, there is little hope that this narrative will ever have any impact. 

The power of narratives lies in mobilising forces that all political leaders are desperately striving to harness. Narratives give a sense of purpose, of direction; they manage to get the best out of individuals, groups and communities because they offer a better horizon – that still remains achievable in a not-so-distant future.

Narratives are simple: they encapsulate in a few words a project for society and give confidence to those who adhere to it that it is worth committing to, joining forces and collectively overcoming obstacles. It is never a philosophical statement or a rational demonstration. It is about intuition and deep connection between all the partakers. Let me give a few examples of narratives in different contexts: the most recent one is the “Yes, we can!” motto initiated during Barack Obama’s first presidential campaign. Every single US citizen could, through these 3 words, reconnect with the egalitarian founding values of the United States of America. No explanation was needed: people could identify immediately with equality, the dream of a better society, the necessity to act together and the idea of unity it conveyed. It got Mr. Obama elected twice and still resonates deeply in the USA and around the globe as a banner for collective change.

In a totally different context, the Turkish AKP’s motto is also a narrative: “Do not stop moving on” (Durmak Yok, Yolla Devam). It paves the way towards ongoing societal transformation, translating the push and pull of History, the collective duty to embrace change – for the better. More than a decade after the launch of this narrative, it is still pushing AKP’s supporters to endorse the changes promoted by the government they elected as part of an ongoing drive towards a better society.

Finally, the French national motto is also a trans-historical narrative: “Freedom, Equality, Brotherhood” (Liberté, Egalité, Fraternité) has been able to mobilise the best energies and feelings across centuries, anchoring progressive societal change at the heart of a nation’s identity. Of course, narratives can be derailed over time. The French one also served to justify colonialism and other similar atrocities, but this will never delegitimise the values – one could say the Platonic ideas – that this combination of words encapsulates. To this day, millions of people are struggling daily to make them a concrete reality by challenging the structures of power and oppression, in France and around the world.

The European Network Against Racism (ENAR) has been an innovator in this area as early as 2008, when we identified the need for a new narrative for the European anti-racist movement, but also for the whole of Europe. As of 2009, we tried to figure out a mobilising narrative, starting from the grassroots. The challenge was to keep it understandable from East to West, from North to South, by the average wo/man on the street, a newly arrived migrant, a Roma nurse working in her settlement, a banker from the City, or the President of the Commission himself.

It took us three years to encapsulate our narrative for Europe as “Realising full equality, solidarity and well-being for All in Europe”. The power – tested ever since – of our progressive narrative is that it re-establishes a strong and direct connection between all residents of Europe and the aspirations that were at the heart of the European project, right after WWII. It is not about new wishy-washy “forms of imagination and thinking for Europe” as in Mr. Barroso’s project. It is about empowering people to regain agency on their lives and their collective destiny through the European project.

But agreeing upon a mobilising narrative is just the beginning of the journey. Once we know the horizon we want to reach, we have to design concrete plans and strategies to access it within a reasonable time frame, mapping opponents and allies along the way, taking stock of the resources available and constantly exploring possibilities for increased leverage. This part of the work is the most challenging: it is about devising all the concrete steps to make a dream come true at the level of a continent, whilst representing a crucial, but small, cluster of the population with little resources.

It took us another 2 years to sharpen our objectives and methodologies, though we know it is a never ending task. Along the way, we realised that our narrative could actually be shared by other progressive movements and even by the EU as a whole, reconnecting with the founding values and vision of the EU. This also enabled us to grasp the widening gap between the discourses of political leaders and the harsh realities lived on the ground by most Europeans, and in particular our communities. 

Indeed, over the last 35 years, before every European election or ratification of any new Treaty, citizens and residents alike were promised prosperity, growth, employment, increased security and improved access to all sorts of services. Yet, in parallel, they faced an increased liberalisation of European economies and a corollary dismantlement of public services, leading to structurally high levels of unemployment, lack of growth and growing insecurity. If European Union GDPs have been skyrocketing, prosperity has been the privilege of a bunch of happy few, the downside of it being that the level of inequalities in Europe is the same in 2014 as it was one century ago, just before the break out of WWI. 

Citizens are confronted with a generation-long dissonance between the EU’s promise and the increased difficulties and insecurity they face in their daily lives. The prospect of a better and more stable future for their children has definitely faded away. In this context, trying to rearticulate a new narrative for Europe around arts and culture, as per Mr. Barroso’s method, is doomed to fail because it consists in window dressing violent neo-liberal policies behind the smokescreen of a shared culture and values. Culture is of little help if you can’t foot your electricity and heating bills, if you have to choose between feeding your children or bringing them to the doctor if they’re ill, if you can’t rent a decent flat and if having a low-paid flexible job costs you more than what you earn from it. 

Rather than developing a real narrative for Europe that would gather people around a common project benefitting everybody in an increasingly multicultural society, and drawing the inevitable political and strategic conclusions of such a narrative (i.e. reinforcing public services, reducing the extension of the “free market”, levelling up social standards across the EU, redistributing wealth and growth, reinforcing the democracy of the European institutions…), Mr. Barroso is trying to promote a “narrative of diversion”, seeking to build consensus around values, rather than around a joint mobilisation in favour of a diverse and multicultural civilisational project. What more could we expect from someone representing institutions trapped in the ideology of the unrestricted “free market” economy as the only way to properly allocate resources in our societies?

Reflecting on a narrative for Europe also highlights some of the contradictions in the evolution of nation states in Europe since WWII. Indeed, guiding societies in a particular direction, around a collective vision, had been the role of States for the past couple of centuries. However, over the last six decades, States have become the arbitrators of conflicting interests, rather than the organisers of societies, good or bad, according to a set of higher interests, often the common good. Unfortunately, looking back at how we came to the current state of play, one cannot fail to notice that the arbitration has been largely unbalanced, favouring the richest cluster of society.

It is therefore no surprise that the EU is now expected to endorse a mobilising narrative as Member States have dropped this responsibility along the way. This is also reflected in national political debates where very few political parties dare to put forward an articulated vision of society in line with their respective ideologies. Indeed, this implies making clear-cut choices about who should be the beneficiaries: the 99 or the 1%?

In the current age of globalisation, does the EU have the legitimacy to put forward a narrative? Yes, definitely. Does it have the means to implement it? Yes, definitely too. But this requires a prior re-alignment between the narrative and the policies, and it needs to be about society as a whole, not only about culture, arts and values. These are crucial elements of any narrative, but they come in support of a socially progressive vision, not in spite of or instead of it. Finally, Member States also have to re-ignite the power of their own narratives to support the European one. At this stage, we need coherence, not confidence. Confidence will come along the way, when people will feel that their lives are improving. The more they will feel it, the more they will contribute, generating the virtuous circle we’re so much in need of. 

“Full equality, solidarity and Well-being for All”. What else?


Michael Privot,

ENAR Director

Disponible ici pp. 12-14.

What if...?

Opinion publiée sur la plateforme New Europe, le jour des élections européennes, le 25 mai 2014, où je tente d'explorer quelques futurs possibles de l'UE et la façon dont les gouvernants anticipent (ou pas!) une montée de la violence envers les minorités. Les questions resteront d'actualité pendant quelques temps encore.

Good governance is essentially about risk management, where all potential scenarios are mapped out and all options are taken into account, including total disaster. But what if it was about protecting ethnic minorities from a worst-case scenario?
ENAR – The European Network Against Racism, along with many other Human Rights organisations, has been drawing attention for many years to the dangers generated by the rise of far-right and xenophobic parties and affiliated groups in Europe. Dangers for the communities we support and defend: migrants as well as ethnic and religious minorities are among their primary targets – Roma in Slovakia, Czech Republic, Romania, but also UK and France; Black Europeans in Bulgaria, Poland; Jews in Hungary and Lithuania; Muslims in Germany, France… to name but a few.
Dangers for other minority communities such as LGBTQI, notably in Lithuania, but also for over half of our population: women. Beyond elusive discourses, many far-right parties support regressive measures with regard to women’s rights, such as bans on abortion, as is the case in France.
Dangers for the whole society: their toxic rhetoric has been adopted to various degrees by mainstream political parties, both on the right and left, trivializing their ideas and their approach, while the far-right has shamelessly plundered key leftist concepts. This has led to increasingly restrictive policies on migration, family reunification, citizenship acquisition; to delays in the implementation of anti-discrimination policies and rejection of any new legislation in the field; and to systemic resistance to even starting to make full equality a reality for communities facing discrimination such as the Roma.
Worryingly, far-right representation in the new European Parliament is set to increase. In particular if they become smart enough to go beyond their bigoted nationalism to constitute a political group that would be entitled to receive public money and to chair decision making committees. What if a far-right or neo-populist rightist advocate was to chair the civil liberties committee, in charge of all fundamental rights issues? Although s/he would probably face a majority opposition which would not let him/her go wild, this would considerably slow down any decision making process.
We are asking democratic political parties: what is your plan B if this scenario happens? We have many reasons to be concerned by the lack of reaction to far-right based toxic ideologies that we have noticed over the last 13 years. Can we still expect a European uproar similar to that which followed the election of Austrian far-right Jörg Haider in 2000 and led to the adoption of EU anti-discrimination legislation? The weak reactions to Jobbik’s recent strong performance in the national Hungarian elections are not particularly encouraging in this regard.
But much grimmer scenarios could be in store. Despite European institutions’ ecstatic state at the view of a few bleeps on the radar of growth, serious analysts that dare go beyond narrow ideological approaches keep ringing the alarm bells. The financial and economic crisis is not yet over – on the contrary, the worst might still lie ahead of us. What if there was an implosion of the Eurozone and a return to national currencies? What if there was massive social unrest due to the increasing impact of austerity measures over time – the break up point will be reached in Greece sooner or later? What if, following a Eurozone crash, there was a disorganised dismantlement of the EU under the pressure of Member States keen to quit the drowning boat – many Member States would have good reasons to do so, starting with Germany? In UK, the conversation has already started with Mr. Cameron’s promise to hold a referendum on the issue in 2015, should his party be re-elected. 
These scenarios are no longer mere fantasies. Anti-racists also have a tradition of looking into the past to draw lessons and inspirations for the future. Let’s be very blunt: European States have never been able to manage such a large scale crisis in the past. Last time something similar happened, millions of Jews, Roma, homosexuals and other so-called “Untermenschen” were massively exterminated. Scary perspective.
Lessons, indeed, have been drawn from this tragedy: a Human Rights framework, the European Union, social democracies. But this was a posteriori, when the damage had irreversibly been done. Twenty years ago, the genocide of Bosniacs barely triggered a consistent response from the EU. It happened not in an exotic place, but 2 hours flight away from Brussels, in what might turn out to become an EU Member State in a matter of years. 
What was the EU institutions’ response to the widespread racism faced by former Italian Minister Cécile Kyenge? It took months and 18 Ministers of the Interior to give birth to a shallow “European Pact against racism” without means nor teeth. Pure political and declaratory “blabla” without any intention of being implemented, the Pact will be buried under the dust of the European election campaign.
This leaves us little optimism on the protection that migrants and minority communities would receive from the EU and Member States in case of a system breakdown, a return to nation states and national currencies, in the midst of all the troubled political waters that this entails. Therefore, in this election period where minorities might hold the casting vote in many constituencies, we want to hear from EP candidates, but also their governments: How are you going to protect us in case things turn bad? We represent 12% of the people living in the EU, we are a key part of the social fabric and one of the driving forces of the European economy. We want to hear from you how you are going to protect us from sectarian, bigoted racist violence when everything breaks loose!

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12.8.14

The “equality economy”: tackling labour-market insecurity in Europe

Article publié le 1 mai 2014 sur OpenSecurity (sous OpenDemocracy) proposant une "économie de l'égalité" comme secteur de l'économie dans lequel il faudrait investir massivement pour créer une redéploiement durable de l'économie européenne, en créant du bien-être pour tous, des emplois stables et de haute qualité, tout en ayant un impact global. Ce secteur de l'économie pourrait être aussi important - voire plus - que l'économie verte telle que proposée actuellement par la Commission Européenne dans le cadre de la stratégie 2020.

While since “9/11” a militarised conception of security has dominated the world, the global economic crisis has seen insecurity in the labour market mushroom. Marking international workers' day, could Europe lead the way to a more secure “equality economy”?

Workers marching on May Day in Zurich'Work, wages and pensions, not profit and greed': a May Day march in Zurich. Flickr / Michal Jaskolski. Some rights reserved.
Equality and non-discrimination tend to be perceived as a pinnacle of civilisation—yet thus also as the utmost luxury which only well-off economies, which can over-fulfil the basic needs of their customer-citizens, could afford. No wonder the post-“9/11” security agenda and the unending crisis plaguing western economies have given a severe blow to all attempts to reduce inequalities in European societies: equality would be antipathetic to economic recovery, it is said. Nor does it come as a surprise that the decline of the equality agenda in Europe since 2001 has seen collateral damage in a massive dismantlement of social services and the welfare state.
Those who would soft-pedal on addressing inequality recurrently invoke two main arguments:
a) cost:
• Measuring (in)equality generates too much red tape for employers, diverting resources from investment in research and production while inflating costs, to the detriment of European companies’ competitiveness on global markets.
• Implementing equality measures—ensuring accessibility for disabled persons, for instance—itself imposes a heavy cost on companies, reducing their profit margins and so impeding their capacities for investment and resilience.
b) ideology:
• Equality and anti-discrimination contradict the ‘freedom’ of the enterprise, as executives would not be free to hire and do business with whomsoever they wish, as best fits their company profile. This would threaten to bring the economy to a standstill, as entrepreneurs and holders of capital left Europe for other regions.
• Inequality is not systemic but is anyway the result of the failure of individuals to be resilient, to succeed and to make their dreams come true in a Brave New World of opportunity for all. In this equality-blind, social Darwinist race, may the best white, middle-aged man win!
Although the supporters of such arguments are still very powerful and vocal—to the extent of blocking since 2008 any improvement to equality legislation at European and national levels—a few voices, within and without the business community, have been raising interesting alternative perspectives:
1)      Diversity (as a prelude to equality) is good for business: a diverse company is more resilient and amenable to change than a homogenous one. Studies from Europenorth America and Australia demonstrate that companies committed to diversity produce happier, more productive and more loyal workers. Diversity stimulates attraction and retention of staff. When employees feel they are working in a diverse and inclusive environment, their work attendance and innovativeness improve. Moreover, diversity enhances company reputation and customer satisfaction.
2)      Excluding able individuals signifies a huge loss of talent and skill when the economy needs to harness all potential creativity to get out of the rut. A2012 talent shortage survey found that around one in three employers around the world found it difficult to fill vacancies. Talent is all over the place yet is often wasted due to discrimination on grounds of ethnicity, migration background and nationality, and associated non-recognition of qualifications.
Despite these voices, major business federations and most companies persist in using the ‘red tape’ argument to press governments not to take any measure that might impede their capacity to discriminate, more or less smartly. Even in the very few discrimination cases that manage to make their way to the courtrooms, penalties remain ridiculously low, without any deterrent effect on (potential) perpetrators.
The implicit underpinning of this argument is that the engine of the neo-liberal system that has imposed itself over the last quarter of a century is precisely widespread discrimination and generalised inequality—inequalities of class and geographical location, of education and status, of gender and ethnicity, inequalities of power… Very recently, some entrepreneurs have been cynical enough not only to admit but proudly to claim that discrimination makes perfect business sense and should be acknowledged as such. From this perspective, removing or at least substantially reducing inequalities would bring this very profitable system (for a few) to collapse. Hence the all-out battle waged for the easement or repudiation of equality measures, including through the use of such biased arguments as ‘adversity makes people stronger’ to disqualify the majority who simply can’t bear the heavy burden placed on their shoulders.
Diversity clearly benefits companies in the long run: while difficult to measure, a few companies have demonstrated returns of up to hundreds of per cent on investment in diversity policies at the workplace, as in the famous Nextel case. Yet this argument fails to embrace the full potential of equality as a catalyst for employment and wealth at the core of the smart, inclusive and sustainable growth project envisaged in the Europe 2020 strategy.
Arguably, the “equality economy”—a sector focused on making equality of outcomes a reality for all members of society—has the potential to generate even more wealth and well-being than the green economy lauded from all sides, given the evidence of the huge damage inequality wreaks in terms of a range of social pathologies. While egalitarian measures increasing the well-being of the majority inevitably imply expenditures, these should be seen as investments rather than costs. They increase output and specialisation, develop at large scale new types of jobs and expertise, meet new needs for high-quality training and learning, level up work conditions and salary scales and, overall, they contribute to economic regeneration. In that regard, the experience of Nordic countries in recognising the added value of strong social policies as an intrinsic productive factor offers precious insight on how “big state” social models can generate high competitiveness and development profitable to the whole society.
This sector is already out there but at an embryonic stage, not properly articulated and under-explored. It will require strong political commitment to grow and produce added value. It will also require investments, public and private, in:
• Implementation and monitoring of equality legislation and standards from local to national level, in all organisations (public as well as private) employing more than 50 persons (to start with).
• Development, implementation and monitoring of “equality certificates” which would accredit not only equality processes within organisations but also their specific implementation of equality principles across the board.
• Development and implementation of university curricula, training and lifelong learning in equality legislation, monitoring, assessment and management, with a view to ensconcing highly-qualified cosmopolitan teams in tertiary-economy jobs which cannot then be delocalised in some remote place.
 Inclusion of equality management in all business schools and provision for awareness-raising further down the employment hierarchy.
• Extra-territorialisation of European equality legislation and standards to be complied with by all foreign companies exporting towards the EU or seeking to do business within it. Standards should be as legally binding and enforced as food and health-and-safety regulation to avoid distortion of competitiveness. This would create further job opportunities abroad for EU and non-EU citizens, while extending the benefits of an equality economy to non-EU countries, levelling up standards for all in the world.
Such measures—which should be partly subsidised by public money, at least to the level of the well-known major European projects in transport and communications infrastructures—would give a great push to the development of training and reinsertion centres, certification and auditing consultancies, research poles of excellence and so on. Indeed, the “equality economy” does not restrict itself to the employment arena but extends to all walks of life. It encompasses the reduction of social exclusion by providing adequate, tailored and relevant training, based on non-discriminatory and non-paternalistic approaches, to all those more or less remote from employment or socialisation.
It also encompasses the contribution to growth of organisations, public or private, delivering social services—not only in alleviating the devastating effects of neo-liberal policies on the most vulnerable groups and communities within our societies, as they are too often perceived, but as catalysts or even producers of equality for all, as active transformers of the fabric of our societies. Reinforcing their capacities will have a positive impact on the well-being of all and on atrophied redistribution systems.
Much more could fit under the label of “equality economy”: high-quality and high-value-added activities producing wealth, development and, more importantly, well-being in high-technology and human-rights-based post-industrial societies, as already to an extent in northern Europe. The awareness of decision-makers needs to be raised about the huge potential for growth of an under-valued and under-resourced economic sector, at a time where progressive ideas to step out of depression fail to be heard.

The European Commission and the European Council condone—or even encourage—cuts in social expenses and services, as well as in anti-discrimination and equality measures, even presenting them as preconditions of recovery. Yet they thus further squander the innumerable talents, resources and commitment that would give Europe the push forward it needs in this gloomy period. They should instead recognise and value the countless benefits and huge potential return on investment of the “equality economy”. Its roots have already been laid down and its flowers are ready to blossom.
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#2 : Claquer la bise, serrer la main - quand mon paradis dépend de la façon dont je te dis bonjour

Cette pratique, peu connue il y a encore une trentaine d’années au sein des communautés musulmanes, s’est répandue dans les milieux conserva...