22.10.12

Elections communales à Verviers – éléments d’analyse – Deuxième partie


La tentative d’analyse que nous avons proposée à propos des résultats des partis politiques lors des dernières élections communales à Verviers ne suffit pas à rendre compte de l’ensemble des éléments que ces dernières ont mis à jour. Je propose ici quelques points supplémentaires.

2) Les résultats des candidats

Je vais à nouveau me focaliser sur la liste du PS, non pas que cela tourne à l’obsession envers ce parti, mais c’est cette dernière qui a cristallisé le plus grand nombre d’enjeux, en terme de diversité comme je l’ai montré dans ma première note, mais aussi en terme de mobilité des candidats. Et c’est également la liste qui fut le plus scrutée et disputée par les autres partis eux-mêmes vu son originalité et son ouverture. Les précurseurs n’ont jamais eu la vie facile – c’est un truisme.

Commençons tout d’abord par fermer des portes : si le PS a perdu des voix, ce n’est pas à cause de la diversité de sa liste.

En effet, lorsque l’on analyse le score individuel des candidats PS, chacun pourra constater que, par rapport aux élections communales de 2006, à une ou deux exceptions près, ce sont les seuls candidats de la diversité qui ont sensiblement améliorés leurs scores personnels en terme de voix de préférence.

Les caciques du PS local n’ont pas manqué de le relever également, engageant une féroce bataille en interne sur qui aurait fait ou non proprement son travail de « reach out » envers les électeurs. S’il est toujours bon de se poser de telles questions à la suite d’une défaite, les réponses qu’on y apporte peuvent avoir des implications très différentes (il est par ailleurs étonnant que l’incompétence personnelle ne soit jamais évoquée, et pourtant il y a des exemples !).

Dès lors, ma conclusion : s’il était vrai que la diversité de la liste eût posé problème à l’électeur blanc moyen du PS, les candidats de la diversité n’auraient pas engrangés de tels scores personnels et auraient été désavoués purement et simplement – or ce n’est pas le cas. Y compris pour Hasan Aydin (1600 voix) et Malik Ben Achour (1150 voix) qui avaient finalement obtenus des postes d’échevins suite à des remaniements internes au cours du présent mandat.

Ces deux derniers ont donc eu l’occasion, comme les autres échevins, d’être confrontés à l’usure du pouvoir (fût-elle légère), aux nécessités des compromis qui peuvent aliéner une base électorale spécifique, à la nécessité de « penser global », à savoir prendre en compte tous les citoyens et pas seulement son petit groupe d’électeurs… Or au bout d’un tel défi, ils sortent grandis avec une amélioration moyenne de leur score personnel de +/- 200%, largement au-delà des mille voix de préférence – sachant qu’il suffit d’un peu plus de 300 voix pour être élu sur certaines listes.

Un phénomène similaire est constaté pour Hajib El-Hajjaji, mis en ordre non éligible chez Ecolo à la Province, mais qui a fait le meilleur score de la liste avec 1600 voix de préférence.

De tels scores ne peuvent s’expliquer que parce que ces jeunes candidats ont pu largement dépasser le cercle communautaire de base qui leur avait mis le pied à l’étrier en 2006 et s’adresser à l’ensemble des communautés et publics présents sur la commune.

D’autres candidat(e)s de la diversité ont également connu des progressions, mais de moindre ampleur, qui laissent à penser que leur électorat repose encore essentiellement sur leur communauté d’origine, même s’ils arrivent probablement à grappiller des voix dans d’autres communautés du fait de leur exposition publique depuis 2006.

En comparaison, à part quelques défaites cuisantes (Desama, Targnion, Dupuis), les candidats de la communauté majoritaire restent plus ou moins stables en terme de voix de préférences ou connaissent un léger tassement. Cela prouve qu’ils n’ont pas été en mesure d’aller chercher des électeurs au-delà de leurs cercles de supporters habituels (famille, amis, collègues, militants).

Il existe certainement des statistiques à ce propos (appel aux lecteurs : si vous avez des infos sur de telles études, notifiez-les en commentaire svp), mais je suppose qu’en dessous de 500 voix de préférence, les candidats se reposent sur une base communautaire quelle qu’elle soit (quartier, village, famille, amis des amis…). Au-delà de tels scores, cela démontrerait sans aucun doute la capacité des candidats à aller chercher des soutiens et à convaincre des électeurs bien au-delà de leurs 2 ou 3 premiers cercles de connaissances pour utiliser une analogie type « Linked In ».

En bref, on peut constater chez les candidats de la diversité, en particulier Aydin, Ben Achour et El-Hajjaji, l’avantage indéniable de maîtriser des compétences interculturelles : la capacité d’adaptation à différents auditoires, aux différences culturelles, à comprendre et gérer des référents culturels variés, relevant tant de la communauté majoritaire que des communautés minoritaires. Et ce n’est pas étonnant ! Etant sans cesse soumis à l’injonction contradictoire de leurs partis respectifs d’être le relais avec leurs communautés d’origine tout en ne pouvant jamais agir au nom de ces dernières sous peine d’être taxés de communautaristes, ils n’ont d’autre choix que de s’ouvrir véritablement à la diversité sociale et culturelle de la communauté urbaine verviétoise et de développer un discours universaliste et inclusif au sein duquel tout un chacun peut-être amené à se reconnaître à des degrés divers, mais où se conjoignent plus ou moins avec succès le respect des perspectives minoritaires et majoritaires.

Les candidats de la communauté majoritaire, de par leur position au sein de la communauté/classe dominante, n’ont jamais senti le besoin/la pression de développer de telles compétences et de revoir leurs positions. Ils se sont contentés d’un discours majoritaire ethnocentriste soutenant juste la diversité folklorique, aux marges de la société, sans jamais en faire une question nodale de leur analyse et de leur action politiques.

Bien moins stupides et grégaires qu’on aimerait le faire croire, il n’est donc pas étonnant que les électeurs ne s’y soient pas trompés : ils ont plébiscités ces candidats de la diversité en particulier.

Au lieu de chercher des excuses du côté du manque de respect envers les valeurs laïques (nous y reviendrons plus tard) pour justifier sa défaite, le PS ferait mieux de remercier ses candidats de la diversité pour lui avoir évité une bérézina de première grandeur, même si le manque de lisibilité du PS sur la diversité au cours des dernières semaines de la campagne en a sans aucun doute refroidi plus d’un.

Les raisons – entre autres – seraient plutôt à chercher selon moi sur l’incapacité des candidats socialistes de la communauté majoritaire à sortir de leur propre isolement communautariste blanc et à s’adresser à l’ensemble de la population verviétoise, directement, sans avoir besoin de déléguer ce job aux seuls « candidats de la diversité ». Et leur tirer dans le dos par la suite s’ils font un excellent boulot, bien au-delà de leur communauté d’origine.

En conclusion, les résultats de ces candidats de la diversité constituent un plaidoyer vibrant pour le développement des compétences interculturelles pour toute la population et ce, dès le plus jeune âge, en vue de pouvoir maîtriser la complexité grandissante d’une société plurielle, libérale et démocratique – en particulier au sein d’une micro « ville-monde » comme Verviers.

Espérons que le prochain(e) échevin(e) de l’éducation en prendra bonne note, car cette question dépasse largement les clivages politiques. Il s’agit de notre avenir à tous et en particulier celui de nos enfants. Et ça cadre parfaitement dans les compétences communales. Pas d’excuses pour l’inaction !

A suivre....

Voir notre analyse des questions de militantisme et de laïcité

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Cher Michael,
Merci pour ces deux articles, assez éclairants sur les enjeux politiques de la ville de Verviers.

Le contenu de cet article dépasse l'enjeu verviétois car il pose de manière générale la thématique de la diversité lors de la campagne électorale et lors de l'analyse des résultats.

Par ailleurs, merci de soulever également l'enjeu du communautarisme ou vote "blanc" (pas dans le sens de l'abstention ;-)) dont on parle très peu alors qu'il existe réellement.

Fatima

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