18.9.11

Un “tribunal” islamique à Anvers? Suite des mauvaises idées de Shariah4Belgium

Le contexte: un récent article publié par le newsserver beliefnet, référant lui même à une info du Het Laatse News, annonce que les musulmans anversois pourront, à leur demande, régler un certain nombre de conflits familiaux au moyen d’un tribunal islamique fonctionnant sur le principe de l’arbitrage extrajudiciaire.


Outre le fait que tout ce qui vient de Shariah4Belgium me donne des boutons, le principe même d’un arbitrage islamique me paraît être une très mauvaise idée.


Tout d’abord, dans le cas précis d’Anvers, cette “cour d’arbitrage islamique” (appelons-la comme cela faute de terme plus approprié) est créé hors de tout cadre légal. L’Échevine anversoise de la diversité la considère comme un modérateur et envisage son rôle positif. C’est dire si l’on peut aller loin dans l’aveuglement béat (ou paternaliste) quand il s’agit des affaires des musulmans.


Le principe même de toute modération voire médiation voire arbitrage qui souhaiterait rendre des décisions ou proposer des solutions valides et validables, c’est de reposer sur un cadre et une méthodologie claire. Jusqu’à nouvel ordre, je n’ai pas entendu que de telles choses existent sur notre continent et je ne compte pas sur les illuminés analphabètes de Shariah4Belgium pour venir avec des propositions en la matière.


Point positif pourriez-vous me dire, c’est que cela existe au grand jour alors que de tels arbitrages ont lieu de toute façon en “stoumeling” à peu près partout. Vrai, mais là, on passe à l’étape suivante, celle d’une quasi institutionnalisation qui augmente la pression sociale sur celles et ceux qui souhaiteraient ne pas s’y soumettre.


Le principe des cours d’arbitrage islamique existe depuis longtemps aux USA, voire en Angleterre, où il a été calqué sur le principe des cours d’arbitrage judaïque, elles-mêmes reposant sur le principe de l’arbitrage commercial. On trouve un deal entre nous et on va le faire valider par la suite par un juge.


Or, en ce qui concerne les courts islamiques, il est prouvé que celles-ci sont particulièrement dysfonctionnelles à deux niveaux:




  1. Les qadis (juges islamiques) et les avocats – outre le fait d’être presque uniquement masculins, un biais de taille – sont en outre bien souvent peu formés aux subtilités de la sharia, en particulier en contexte minoritaire. Les courts sont souvent réduites à l’application automatique de décisions traditionnelles provenant le plus souvent d’un contexte oriental et d’une tradition différente. Inutile de dire qu’en matière de droit familial, ce sont les femmes qui paient le gros de la facture.



  2. Les juges officiels chargés de valider les arbitrages n’ont souvent aucune connaissance de la sharia, sans même parler de ses subtilités, avec pour résultat d’entériner des décisions souvent peu équilibrées.

Tout cela ne manque pas de desservir le principe même de ces cours qui, en soi, ne serait pas inintéressant si l’on avait à disposition des juges et des avocat-e-s éclairé-e-s sachant lire plus loin que certains de leurs traités de droit familial quasi moyenâgeux.


Je n’hésite pas ici à recommander le travail d’une femme remarquable, avocate, elle-même issue d’une longue lignée d’oulémas libanais, Dr. Azizah al-Hibri, qui a fondé aux USA l’organisation Karamah, Muslim Women Lawyers for Human Rights. Se rendant compte de l’impact disproportionné de l’application de la sharia au travers des courts d’arbitrage islamiques sur les femmes, elle a choisi de former juges et avocats en vue d’une application égalitaire des principes de la sharia, pour celles et ceux qui choisissent cette voie de résolution de leurs conflits familiaux – légitime en soi dès lors qu’elle est librement consentie.


On est très loin de cela en Belgique et je pressens la catastrophe. Hors de tout encadrement, en l’absence de formation des juges et des avocats, sans reconnaissance légale impliquant le respect de standards en matière de droits fondamentaux pour les parties qui recourraient à de tels arbitrages, nous allons droit à la faillite. Avec, entre temps, des dégâts humains probablement considérables.


Avis aux musulmans de Belgique et d'ailleurs: Shariah4Belgium est en train de tuer dans l’œuf l’idée même d’un arbitrage islamique. Et ils démontrent une fois de plus avec l’éclat qu’on leur connaît que le salafisme de caniveau est le meilleur ennemi de la communauté musulmane, un frein à l’intégration des musulmans et un dynamiteur de vivre ensemble. A bon entendeur, salut.


Et un dernier tacle pour la route : preuve ultime de la déconnexion de Shariah4Belgium avec son contexte : se revendiquer 4Belgium, en Flandre, et à l’heure de l’évaporation de pays, c’est quand même fortiche. A se demander s’ils savent où ils vivent, non ? A moins qu’ils ne comptent demander au Prince Laurent de devenir leur calife… Mmmmmmh, à voir ;-)

1 commentaire:

Godefroi de Bouillon tiède a dit…

Ce serait vraiment l'Anvers de la notion même de justice, à mon humble avis...

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