5.4.09

Retour sur certaines manifestations pro-palestiniennes

Le contexte: sous l'impulsion du Député Yves Reinkin, la régionale verviétoise d'Ecolo avait organisé une soirée citoyenne d'échanges autour de la question "Israël-Palestine: quel espoir de paix" au début du mois de février 2009, quelques jours après la fin officielle - pas sur le terrain - de l'offensive israélienne. Sollicité pour une intervention en compagnie de différents orateurs, j'ai choisi d'aborder le sujet selon l'angle de la cohésion sociale ici, en Belgique, du dialogue entre les communautés, de la nécessaire compréhension du langage de l'autre, et ce en vue de créer, à partir d'ici, un impact positif sur ce qui se fait là-bas. Quelques réflexions en espérant ne pas avoir été complètement à côté de la plaque.

Je souhaiterais commencer mon intervention en remerciant Monsieur le Député Yves Reinkin pour avoir pris l'initiative d'organiser cette rencontre à l'heure où la cohésion de notre société est mise à rude épreuve par de multiples facteurs dont il importe de ne pas perdre de vue l'éventuel effet cumulatif : crise du pouvoir d'achat, crise financière, crise économique, crise environnementale, crise des modèles sociétaux - auxquelles vient s'ajouter une crise internationale particulièrement révélatrice des lignes de fractures qui parcourent notre monde. 


Dans ce genre de cas, le dialogue demeure en effet l'ultime outil qu'il faut s'empresser de maintenir ou de rétablir coûte que coûte pour faire en sorte que des canaux d'échanges restent ouverts entre les multiples communautés qui composent notre société et qu'un partage d'expériences puisse avoir lieu malgré tout. Car seul le dialogue permet de lutter contre l'enfermement sur soi, sur ses idées préconçues, sur sa douleur personnelle ou communautaire, sur ses propres stéréotypes et ses préjugés. Plus rien, en effet, ne peut venir mettre ces derniers en question si l'on choisit de s'enfermer dans une approche univoque d'une question aussi sensible que celle-là. Et un tel dialogue est d'autant plus nécessaire qu'un des enjeux les plus importants de la tragédie à laquelle nous venons d'assister est - une fois encore - la légitimité du récit médiatique, voire de l'histoire elle-même. Au-delà même de toute victoire remportée sur le terrain, la victoire la plus importante consiste à gagner l'opinion du monde à sa cause et aucun des protagonistes ne s'y est trompé, même si, sur ce terrain également, l'asymétrie du combat fut totale. La débauche de violence fut extrême en vérité - tant dans l'exhibition de l'horreur des frappes israéliennes que dans l'euphémisation de cette dernière qui a été complaisamment relayée par un trop grand nombre de média. Face à cela, la parole et l'échange restent les seuls moyens pour lutter contre l'aliénation réciproque et l'isolement autistique des communautés qui mènent à cette réification de l'autre, ce préliminaire indispensable à toute violence aveugle, à toute élimination systématique de l'autre que nous venons justement de voir à l'oeuvre.


Comme Mr. Fenaux a rappelé fort à propos un certain nombre d'enjeux qui ont conduit à ce drame que vient de connaître la population de Gaza en particulier, et qui s'inscrit dans la problématique plus large que connaissent les populations de Palestine depuis plus de 60 ans maintenant, je ne reviendrai pas sur cet aspect de la question car il dépasse largement mon champ de compétences. En accord avec l'initiateur de cette rencontre, je souhaiterais concentrer ma contribution sur l'impact que ces 5 semaines d'offensives ont eu de ce côté-ci de la Méditerranée et montrer que les espoirs de paix - puisque c'est le titre de cette rencontre - peuvent s'y enraciner valablement.


Ultime précision, je parle ici en tant que membre - et non pas en tant que représentant - de la communauté musulmane verviétoise. Je ne revendique en aucun cas que mes propos soient toujours en phase avec ce que pensent la majorité de mes coreligionnaires, mais j'ose espérer fournir quelques pistes de réflexions pour tout un chacun ici présent qui aura pris la peine de venir échanger ce soir avec nous.


La récente offensive israélienne a été rythmée chez nous en Belgique par les nombreuses manifestations de soutien au peuple de Gaza qui ont égrainé les 5 semaines de cette campagne. Timides au début, ces manifestations ont connu un succès grandissant, réunissant un nombre toujours plus élevé de personnes avec, corollairement, des motivations de plus en plus diverses.


Si les premières manifestations sur les marches de la Bourse à Bruxelles rassemblaient les inconditionnels de tous bords de la question palestinienne, les plus vastes manifestations ont par contre suscité de nombreux sentiments de malaise sur lesquels il me semble important de revenir, car elles me semblent révélatrices des frictions et des incompréhensions qui empêchent le développement de relations constructives entre différentes communautés de notre pays.


Nous avons tous entendu de nombreuses personnes de toutes convictions et origines dire leur mal-être par rapport à une partie des slogans scandés par de nombreuses autres personnes supposément de confession musulmane (1). On est là, en effet, dans un des noeuds du problème qui commence déjà par les différences de perception de la question entre une gauche hétéroclite qui articule le conflit sous un angle essentiellement politique et un partie de la population manifestante qui l'articule sous un angle essentiellement religieux pour trancher en deux catégories simples. L'essentiel des troupes de ces deux bords y reconnaît une question de droit, mais la façon dont ce droit est articulé de part et d'autre rend la compréhension mutuelle parfois difficile et suscite inévitablement des sentiments de malaise.


Je peux tout a fait comprendre ce sentiment de malaise qu'ont certains de se retrouver dans une manifestation qui avance au nom de "Dieu est grand" ou "Il n'y a pas de divinité si ce n'est Dieu". Par ailleurs, nombre de musulmans peinent à comprendre que ce genre de slogans soient inappropriés à la cause qu'ils disent soutenir. Et pourtant, ils devraient savoir que l'amalgame islam - hamas - islamisme - terrorisme est présent en permanence dans l'esprits des (télé)spectateurs et que l'on ne peut en faire abstraction. Or cette question est bien plus complexe que cela comme on l'a vu. 


D'autre part, dans une société relativement sécularisée qui a tenté d'exclure le religieux du champ public ou en tous cas politique, articuler une revendication territoriale au moyen d'un langage à connotations religieuses ne manque de réveiller les craintes les plus sombres et fait se dire: "Oui, bon, la Palestine, je veux bien, mais en même temps, je ne veux pas soutenir ces manifestants islamistes qui vont nous imposer leur shâria tôt ou tard". Ou encore, vu ce passé douloureux avec la religion, certains se disent également: "Si on mobilise la religion, alors il n'y a plus d'entente possible, car tant le judaïsme que l'islam sont mutuellement exclusifs à propos de la terre de Palestine, au contraire du droit positif". Dans un tel contexte, l'utilisation de slogans de type islamique de façon ostentatoire apparaît comme tout à fait contre-productif pour un dialogue entre communautés. Si j'essaye en plus de me mettre dans la peau d'amis juifs progressistes et militant de la paix qui essayent de tendre des ponts entre les communautés en se fondant justement sur un langage de droit positif et non religieux articulé autour de la Torah, je peux comprendre qu'ils aient des difficultés à créer des espaces de dialogue avec leur collègues manifestants musulmans d'une part, mais aussi au sein même de leur propre communauté avec ceux qui seraient d'emblée moins sympathiques à la cause des Palestiniens.


Que l'on m'entende bien : dans une démocratie libérale, tout un chacun est libre d'articuler son message et ses revendications comme il l'entend pour autant qu'elles ne soient pas en contravention avec les lois du pays, notamment en matière d'incitation à la haine raciale. En ce sens, crier "Allahu Akbar" n'est en rien répréhensible, ni interdit, ni déshonorant. C'est tout simplement inapproprié selon moi. Et ce d'autant plus que de tels comportements reflètent le plus souvent une affirmation identitaire qui, dans le même temps, oblitère la réalité de la résistance palestinienne, car celle-ci n'est pas composée que de musulmans, ni de supporters du Hamas, mais de Palestiniens de toutes convictions et croyances qui s'inscrivent pour la majorité dans une lutte nationale articulée dans un langage politique et non dans une lutte religieuse. Le discours religieux est d'ailleurs bien plus souvent utilisé pour universaliser la lutte au niveau de la oumma globale et s'attirer les sympathies que ne susciterait probablement pas une rhétorique purement anti-coloniale et droit-de-l'hommiste. Le Darfour, le Cachemire, le Gujarat ou encore la Tchétchénie en sont d'excellents exemples a contrario.


Dans un autre sens cependant, toujours dans une démocratie libérale sécularisée, il faut pouvoir entendre et respecter des messages qui s'articulent autour de terminologies religieuses et non plus seulement idéologiques agnostiques (par exemple marxistes). De ce point de vue-là, les cadres de références sont en pleine évolution et il faut aussi que certains segments de notre société puissent se mettre à les écouter sans les disqualifier systématiquement, car il importe de pouvoir y discerner les contenus et les messages pertinents qu'ils contiennent. Le dialogue doit permettre aux différentes parties de pouvoir se comprendre et de moduler la formulation de leurs messages en fonction de leurs interlocuteurs. Autant dire qu'aujourd'hui, toutes les parties prenantes sont encore loin d'avoir pris acte de toutes les implications des impératifs de la communication et de la négociation au sein de sociétés profondément diverses et globalisées.


Une des autres problématiques liées à ces manifestations a bien sûr été la présence de casseurs et de troubles fêtes qui profitent de ces rassemblements pour commettre des méfaits ou provoquer des échauffourées. Dénoncées fermement par tous les organisateurs, elles n'en viennent pas moins nourrir les amalgames entre islam - violence et populations d'origine immigrée. Et desservir la cause palestinienne que ces individus viennent soi-disant soutenir. 


Cependant, force est de constater que cela arrive régulièrement lors de toute manifestation d'importance et que l'on se contente de les déplorer ou de renforcer systématiquement les forces de l'ordre qui - soit dit en passant - ont fait montre d'une violence et de pratiques discriminatoires assez systématiques à l'encontre de manifestants d'origine nord-africaine pour la plupart. Le MRAX a d'ailleurs reçu plus 39 plaintes consistantes pour utilisation de profilage ethnique par les forces de police de Bruxelles. Ce qui ne fait que renforcer ce sentiment d'exclusion à la base même de ces débordements. 


Comme cela a été dit, bien sûr, ces fauteurs de troubles viennent plus crier leur désespoir et leur haine d'une société qui leur offre peu d'avenir que leur soutien à la cause palestinienne dont ils ne connaissent souvent quasi rien. Il ne s'agit pas d'une importation du conflit comme on peut souvent le lire, mais plutôt de l'établissement d'un continuum où l'on perçoit les sociétés européennes comme prenant systématiquement le parti du plus fort contre le plus faible : des forces de l'ordre et de contrôle, des systèmes éducatifs et sociaux, des employeurs, des commerçants, des propriétaires de véhicules, ici, en Belgique, contre eux-mêmes, à la Palestine, là-bas, où les soldats israéliens oppressent le peuple palestinien. A partir de cet amalgame de l'injustice, d'autres amalgames sont permis entraînant, de façon stupide, des atteintes aux biens de personnes juives ou supposées telles. Ce qui est totalement impardonnable et condamnable, faut-il le préciser. 


Mais nombreux préfèrent se contenter d'enchaîner des condamnations plus vives les unes que les autres et qui ont pour fonction principale de délégitimer tout message que l'on pourrait comprendre de ces événements et renforcent ainsi les stéréotypes et   les préjugés à l'encontre de ces jeunes belges "d'origine maghrébine" fauteurs de trouble. Ces condamnations spécifiques permettent aussi aisément d'éviter de confronter efficacement les problèmes sociaux structurels à l'origine de ces troubles. On voit d'ailleurs à ce propos avec quelles peines on avance dans le domaine d'une lutte efficace contre les discriminations en matière d'accès à une éducation de qualité pour tous, à un logement décent surtout dans le marché privé, ou dans l'emploi ainsi que la frilosité avec laquelle nombre de nos élus s'engagent sur ces questions. D'autre part encore, ces condamnations amalgamant islam, jeunes, immigration maghrébine et violence, s'inscrivent dans une rhétorique plus vaste dont il faut également avoir conscience car elle véhicule une violence anti-arabe et anti-musulmane de plus en plus importante et socialement licite. Aux actes antisémites ont répondu de nombreux actes anti-arabes et anti-musulmans qu'il conviendrait de dénoncer avec autant de force, ce qui n'est malheureusement pas souvent le cas.


Dernier point qui me mènera à ma conclusion: le contenu de certains messages énoncés par des personnes supposément de convictions musulmanes (encore que cette dernière qualification n'est pas très utile si ce n'est qu'elle sert à renforcer les amalgames mentionnés ci-dessus) - je pense à des propos tels qu'Israël = état nazi, ou encore SS = Soldats sionistes et d'autres du même tonneau.


Que mon propos soit bien clair: je ne crois pas que l'on condamnera jamais avec assez de force la violence absurde avec laquelle l'armée israélienne vient de s'acharner sur Gaza et dont on ne fait probablement que commencer à découvrir l'horreur et l'amplitude. Ceci étant, pour pouvoir s'entendre, il faut absolument remettre les choses à leur place pour que les mots puissent encore avoir un sens et renvoyer à des réalités précises si on veut éviter de galvauder et banaliser les réalités mêmes auxquelles ils renvoient.


Le nazisme a été une idéologie meurtrière visant à la destruction totale de l'autre différent, et ce de manière systématique, systémique et industrielle, l'Holocauste en étant le paroxysme. Parler d'Holocauste ou de génocide à Gaza n'a aucun sens. Parler de nazification d'Israël n'a pas plus de sens que parler de fascisme vert ou d'islamo-nazis. Gaza fut un massacre de plus, de trop, à grande échelle. On peut parler d'apartheid, voire même de purification ethnique par déplacement de population… de tout ce que l'on veut, mais l'armée israélienne, en tant qu'institution, n'a pas fait un holocauste à Gaza, ni à Jénine. Il ne s'agissait pas d'une tentative industrialisée d'éradication systématique d'une population. C'est de cela que l'on parle quand on fait référence à l'holocauste et au nazisme (2).


Quand ces amalgames sont faits au cours de manifestations, on ne prend pas en compte leur impact non seulement dans l'esprit du grand public, mais en particulier au sein des communautés juives d'Occident pour qui cette mémoire est extrêmement douloureuse et totalement porteuse de sens. Cela peut mener tout d'abord à refuser tout soutien à un mouvement pour les droits des Palestiniens, car une personne portant cette mémoire ne pourra souffrir de tels amalgames. Plus grave, cette banalisation peut augmenter le sentiment d'insécurité au sein de communautés très minoritaires où le sentiment de persécution reste très présent et transformer en conséquence ce sentiment en soutien inconditionnel pour Israël et ses politiques martiales. Car de la même façon que le continuum de la victimisation jouait dans un sens, il joue aussi dans l'autre: la menace perçue ici est amalgamée à celle de là-bas et Israël devient le seul refuge pour les Juifs du monde entier au cas où… Et Israël joue depuis l'origine sur cette dimension : "si demain vous devez vous faire lyncher par les  antisémites, les Arabes ou que sais-je encore en Occident, alors il ne vous restera plus qu'Israël où aller, dès lors il vous faut soutenir ses politiques éradicatrices envers et contre tout".


Sans être antisémites pour autant - au contraire de que certains essayent de faire passer comme message -, les amalgames mentionnés ci-dessus sont bien plus dévastateurs en ce qu'ils sabotent toute tentative de compréhension réciproque de la souffrance de l'autre. De la même façon que le refus obstiné d'Israël d'admettre que le fait de revendiquer cette mémoire et d'en assumer la dramatique exemplarité devant l'Histoire condamne à la recherche de l'excellence et à la construction d'une société meilleure qui devrait tourner le dos à ces méthodes issues des pages les plus sombres de notre histoire commune. Aujourd'hui, par ignorance, par mépris, par peur, par préjugé, par haine, chaque communauté est devenue imperméable à la douleur et à la souffrance de l'autre, ce qui empêche la compréhension profonde des logiques de fonctionnement de chacun et de pouvoir discerner quelles seraient les paroles, les gestes, les actions qui pourraient apporter sécurité et assurance à l'autre que son existence même, individuelle et communautaire, n'est pas remise en question.


Seuls le dialogue et les échanges tels que ce soir, le dialogue interculturel et interreligieux, les rencontres et les projets communs pourront permettre de développer la confiance nécessaire pour pouvoir concrètement affronter ces peurs et ces incompréhensions réciproques.


Tant que les musulmans (entre autres) ne prendront pas conscience qu'un des principaux moteurs - sinon le moteur principal - de la violence d'Israël est la peur des communautés juives d'Occident et qu'ils ne prendront pas les mesures nécessaires pour adresser cette problématique de façon intelligente, posée, sensible et humaniste, Israël a encore de beaux jours devant lui - même si cette aventure sanglante prendra fin un jour car une telle situation ne pourra pas être indéfiniment prolongée. 


C'est là, selon moi, que réside l'espoir pour la paix en Occident et c'est là qu'il convient de travailler d'urgence.


Je vous remercie.


© M. Privot 2009



1 Qu'il s'agisse ici de l'identité revendiquée ou attribuée de l'extérieur - les deux n'étant pas nécessairement en correspondance. Il ne s'agit pas ici d'un jugement de valeur, ni de stigmatiser une communauté de foi particulière, mais de s'interroger sur les perception d'une manifestation.


2 Pour tenter d'être à nouveau très clair : je parle ici de la qualification de ces réalités, vues de l'extérieur. Le génocide et le crime contre l'humanité ont des définitions précises en droit international. Ceci étant dit, je ne délégitime pas la perception, la thématisation sous forme d'holocauste de leur propre expérience de l'horreur par les Gazaouis eux-mêmes en l'occurrence. Parler d'holocauste peut peut-être leur permettre de donner un sens à leur réalité, mais ce n'est absolument pas le cas des l'immense majorité des manifestants de Belgique, dont le référentiel épistémique - si je puis dire - est radicalement différent et au sein duquel l'Holocauste renvoie à une réalité spécifique, sans aucune mesure avec la réalité de Gaza. C'est notamment à ce niveau que la confusion est dangereuse et improductive.

27.1.09

Belgique: un sondage révèle: un Flamand sur deux a une opinion négative de l’Islam

Le contexte: Les résultats suivant émanent d'une enquête menée par l'Instituut voor Sociaal en Politiek Opinieonderzoek (Ispo) de la KUL. Ils révèlent que près de la moitié des électeurs flamands a une opinion extrêmement négative sur l'islam et les musulmans. Au moins 46 pc des électeurs flamands estiment que l'islam ne peut rien apporter à la culture européenne. A peine 18 pc sont d'avis contraire. Quarante-huit pour cent des sondés pensent aussi que les valeurs de l'Islam représentent une menace pour l'Europe et 37 pc accusent la plupart des musulmans de n'avoir aucun respect pour la culture et le mode de vie européens. Les chercheurs de l'Ispo, sous la conduite de Jaak Billiet et Marc Swyngedouw, ont interrogé 1.084 électeurs entre septembre 2007 et janvier 2008 sur leurs intentions de vote. En marge de cette question, les chercheurs ont également interrogé les électeurs sur le concept d'islamophobie (voir ici).


Les résultats de ce sondage sont en effet particulièrement préoccupants. Mais quelque part pas très étonnants, car ils confirment le malaise ressenti depuis longtemps dans les milieux antiracistes et/ou musulmans en Belgique.


S’il est difficile de pouvoir extrapoler ces résultats à la Wallonie ou à l’ensemble de la Belgique, je ne serais cependant pas surpris que nous obtenions des résultats probablement très similaires.


Cela révèle plusieurs choses et les forums en ligne qui s’ouvrent aux commentaires à ce propos sont très éclairants:

1) la méfiance vis-à-vis de l’islam et la perception de sa prétendue incompatibilité avec les « valeurs occidentales » confirme son enracinement dans une méconnaissance de l’islam. Certains forumanciers n’hésitent toutefois pas à dire: « ne mettons pas tous les musulmans dans le même panier et ce serait bien de rencontrer des musulmans pour pouvoir discuter de ces questions ». On pourrait croire aujourd’hui dans une société métissée telle que la société belge que la rencontre entre les gens de différentes cultures, religions, ethnicités est une évidence, mais c’est très loin d’être le cas. Les Belges vivent dans des communautés très compartimentées entre lesquelles il y a un grand manque de communication et d’échanges. Les projets de dialogue interculturel et interreligieux ont manifestement de beaux jours devant eux. Je dirais même que l’ampleur de la tâche pourrait paraître décourageante.


2) Le rôle des médias prend dès lors une importance cruciale: si la plupart des citoyens de la communauté majoritaire n’ont pas de contact avec des musulmans (au travers de la famille, des amis, des collègues), il en ressort que leur principale source d’information sur l’islam et les musulmans reste les médias. Si ces mêmes citoyens n’ont pas l’occasion d’être confrontés à la réalité concrète des communautés musulmanes de Belgique pour pouvoir prendre de la distance par rapport à la perception médiatique, et la mettre ainsi en perspective, il ne faut pas s’étonner d’obtenir des résultats aussi élevés en matière de crainte, de rejet, d’incompréhension. Sans vouloir jeter la pierre aux média par rapport à leur traitement de l’information, il faut que les journalistes, les rédactions, les annonceurs, et les dirigeants des groupes médiatiques prennent conscience de toute urgence de la responsabilité énorme qui est la leur dans le formatage de la perception que les différentes communautés et groupes composant la société ont les uns des autres et, conséquemment, l’impact qu’ils ont sur l’accélération, le ralentissement ou l’arrêt d’éventuels processus communautarisants qui y seraient à l’oeuvre.


3) Autre conclusion: ce sondage révèle de façon éclatante que l’école est très loin de jouer un rôle intégrateur et de permettre la rencontre  entre personnes de différentes origines. On le savait, certes, le système éducatif étant particulièrement compartimenté lui aussi, mais ce sondage en démontre une des conséquence directe: les électeurs belges moyens ne connaissent rien et se méfient grandement de la deuxième religion officielle du pays. On ne parle pas ici d’une communauté de quelques milliers d’individus, mais d’au moins 5% de notre population.


4) D’un autre côté, cette perception de l’incompatibilité des valeurs de l’islam avec les valeurs européenne rejoint là une perception aussi très présente chez les musulmans. A ce niveau, on pourrait même dire que la compréhension mutuelle est totale entre les communautés sur ce point : elles sont d’accord d’être en désaccord. Mais cela ne fait que mettre en lumière l’impérieuse nécessité d’investir dans des études, des recherches, des enquêtes journalistiques, des programmes télévisuels, des manuels éducatifs, réalisés par des équipes mixtes et pluridisciplinaires (non musulmans et musulmans ensemble) qui démontreraient que nos valeurs respectives ne sont pas incompatibles, et que bien au contraire, musulmans et non musulmans partagent les mêmes valeurs, mais qu’elles peuvent être hiérarchisées et/ou articulées de façon différente, voire parfois même de façon inaudible les uns pour les autres en fonction de l’époque et du contexte. 

Revenant d’une rencontre mondiale à Doha des « leaders musulmans de demain » où nous avons précisément soulevé ces questions, il en ressort que cette thématique est transversale, mais que les points d’accord sont multiples et qu’une majorité des jeunes leaders communautaires musulmans présents étaient d’accord pour dire qu’il y avait une profonde unité des valeurs humaines entre l’islam et « l’Occident ». 

Ainsi, alors que des musulmans issus du monde entier cheminent rapidement sur la voie d’un oecuménisme des valeurs en en reconnaissant les profondes résonances entre les civilisations, ce sondage démontre qu’il est plus que tant que les Belges non musulmans en fassent autant d’une part, et que les Belges musulmans redoublent d’efforts pour articuler leurs valeurs en fonction du contexte qui est désormais le leur et d’une manière qui parlent à nos concitoyens de toutes origine. Il en va, au fond, de la survie de l’islam en contexte sécularisé : seule les religions qui arrivent à s’adapter et à reformuler leurs objectifs, leur convictions, leurs principes et valeurs dans le langage du siècle ont survécu à travers l’histoire. Les musulmans ont su le faire par le passé. Il n’y a pas de raison qu’ils n’y arrivent plus maintenant. A ce propos, un sondage récent réalisé par Gallup dans les 10 pays musulmans comprenant 80% de la population musulmane mondiale démontre que ce que les valeurs « occidentales » que les musulmans estiment le plus et ce de façon très majoritaire sont: la liberté politique, la liberté, des systèmes judiciaires équitables, et la liberté de parole. A méditer. Voir ici.


Le dialogue est en conséquence une véritable urgence si l’on veut éviter que les fossés entre toutes composantes de la société belge ne se creusent plus encore.

Michael Privot

5.12.08

La Laïcité est-elle soluble dans les Droits de l’Homme ?

Provocatrice ? Sacrilège ? Cette question l’est sans aucun doute, tellement nous avons été habitués à considérer ces deux concepts comme éminemment consubstantiels. Pas de laïcité sans Droits de l’Homme et vice-versa. Et pourtant. De récents et houleux débats autour de la laïcité nous amènent à questionner la légitimité du lien ainsi établi, particulièrement quand il s’agit de l’inclusion et du respect des minorités ethniques ou religieuses – surtout arabes et musulmanes – au sein de nos sociétés européennes.

Mais recadrons d’emblée les termes du débat. La Laïcité – avec un L pour désigner le concept – est en fait intimement liée aux phénomènes de sécularisation qui traversent toutes les sociétés, à savoir ce mouvement constant de distanciation (et parfois de rapprochement) entre le sacré et le profane.

La laïcité française – avec un l pour en désigner la matérialisation concrète – est, quant à elle, une des formes les plus développées, en dépit de ses imperfections, de la transposition dans le droit et la société de ce processus de distanciation. Processus qui, rappelons-le, n’est ni linéaire, ni définitif, ni univoque, ni irréversible, mais multiple et simultané : sécularisation et désécularisation de différents secteurs d’une même société pouvant être parfaitement concomitantes. La laïcité à la française, différente en ce sens de la laïcité à l’américaine ou à la belge (à savoir notre neutralité), constitue donc une méthode particulière de gestion de ces rapports sacré/profane. Elle n’est pas la seule envisageable, ni l’horizon insurpassable de l’effort humain en la matière. Une option parmi d’autres, avec ses avantages et ses inconvénients.

Vouloir dès lors en faire l’aune unique du développement sociétal et de la modernité revient tout bonnement à la dogmatiser et à la rabaisser à ce qu’elle serait censée prévenir : l’immixtion intempestive d’une dogmatique religieuse ou philosophique particulière dans la gestion de la Cité, au détriment de toutes les autres.

Quant aux Droits de l’Homme, ils sont nés dans le contexte de la nécessité d’assurer la protection du citoyen face à un Etat jugé oppresseur presque par défaut. Ils se sont constamment approfondis et complexifiés au cours de ces 60 dernières années. Si l’impératif de la protection du citoyen face à un Etat oppresseur s’est quelque peu estompée dans nos démocraties libérales solidement établies, il n’en reste pas moins que la « majorité démocratique » peut rapidement devenir un oppresseur aussi terrible qu’un appareil d’Etat dictatorial si l’on décidait du jour au lendemain d’appliquer la loi de la majorité absolue. Ce serait la fin des minorités – quelles qu’elles soient – et le triomphe de la grégarité et de l’uniformisation.

Et c’est là que les Droits de l’Homme sont indispensables, comme ultime garde-fou que s’imposent les sociétés démocratiques pour éviter d’éradiquer leurs minorités. Un véritable « joker » préservant notre intrinsèque diversité de toute tentative de solution finale. L’héritage terrible des camps de concentration fut décisif pour faire pencher l’Europe de l’après-guerre vers la voie de la modération et de la (lente et toujours inachevée) acceptation de sa diversité et de son profond métissage.

Or, on se rend compte aujourd’hui que quelques individus bénéficiant d’importants relais médiatiques et politiques, se sont donnés pour sainte mission de défendre une laïcité absolutiste et a-historique comprise comme le rejet sans compromis voire violent de toute conviction religieuse hors de l’espace public – lui aussi totalement indéfini et laissé à la pure subjectivité de nos valeureux pourfendeurs d’intégrisme et de dogmatisme. Même Emile Combes, pourtant pas un tendre, n’est jamais arrivé à de tels excès en la matière alors qu’il était un acteur clé de cet arrachement de la société française hors de l’emprise du clergé catholique.

Marcel Gauchet remarque fort à propos que cette radicalisation d’une frange de défenseurs de l’indispensable dimension laïque de nos sociétés – qui se mue dès lors en une laïcité de combat – correspond en vérité à l’effondrement de son opposant historique, à savoir une communauté chrétienne catholique revendicatrice et revancharde souhaitant recouvrir ses privilèges d’entant. Or cette lecture n’est plus pertinente aujourd’hui. L’Eglise et sa communauté ont été, elles aussi, profondément sécularisées et gagnées à l’idée de la nécessité de la laïcité, de la démocratie et des Droits de l’Homme car s’ils protègent le politique du religieux, ils protègent également le religieux du politique.

Et c’est dans ce contexte que les communautés musulmanes, récemment arrivées, commencent à faire preuve d’une visibilité inhabituelle et de certaines pratiques parfois en décalage avec les us de nos démocraties libérales. Loin d’y voir une phase de transition vers une harmonisation par le haut avec les communautés d’autres convictions, phase qui est pourtant dûment constatée par les observateurs avertis, cette frange – oserions-nous le terme – laïcarde a cru y retrouver enfin l’avatar tant attendu de l’ennemi héréditaire qui pourrait permettre de reconstruire un front idéologique en pleine déliquescence, faute d’objet, ou plutôt faute de reformulation de son objet en fonction des défis de notre nouveau siècle. La Laïcité se doit toujours d’être défendue sans compromission, certes, mais ses ennemis ne sont pas toujours ceux que l’on croit.

Car ce resserrement des rangs se fait au prix de dangereux compromis. Dans un récent article, une des égéries de cette mouvance, se demandait si il était « absurde que de considérer que la liberté religieuse, loin d’être absolue, [devait] être soumise au respect d’autres principes essentiels, fondements eux aussi de la démocratie, tels que l’égalité et la mixité », pour conclure qu’elle préférait contraindre – donc lui refuser un droit fondamental – une fille à ôter son voile à l’école, plutôt que de contraindre une autre à le porter même à l’école.

De nombreux éléments mériteraient d’être relevés dans cette synthèse fulgurante d’une telle laïcité d’exclusion :
- le mantra faisant de la mixité un des principes suprêmes de la démocratie (comment peut-on encore tolérer aujourd’hui que les équipes de foot, voire les vestiaires ou les WC, ne soient pas mixtes !?),
- le glissement subreptice mais significatif de la question des droits fondamentaux à celles des principes (la mixité) comme fondement de la démocratie, autorisant dès lors tous les abus,
- la pernicieuse équivalence introduite entre le refus arbitraire d’un droit et la généralisation abusive d’une conséquence potentielle d’un exercice non encadré de celui-ci (autoriser le port de signes religieux à l’école n’équivaut pas à contraindre à les porter ceux qui n’en n’ont pas envie).


Cependant, le plus important reste de s’interroger sur le fond même de l’argument, à savoir le délicat équilibre dans l’exercice des différents droits fondamentaux au sein d’une société régie par ces derniers.

Contrairement à ce qui est entendu trop souvent, on ne soumet pas un droit fondamental à un autre, on les équilibre, on les exerce ensemble, avec pondération et respect. La limitation d’un droit fondamental, quel qu’il soit, doit toujours être proportionnelle au but recherché, circonscrite dans le temps, argumentée de façon objective et factuelle, et être enfin la plus légère possible dès lors qu’aucun autre accommodement raisonnable n’aurait pu être trouvé de façon concertée pour éviter la limitation de ce droit. Droits et limitations ne sont jamais absolus comme l’a démontré avec constance la Cours européenne des Droits de l’homme.

Dès lors, en venir à justifier la suspension pure et simple d’un droit par la liberté supposée que cela offrirait à d’autres revient à anéantir purement et simplement l’édifice des droits fondamentaux inaliénables de tout individu sur lesquelles reposent nos sociétés. C’est un rapport similaire à des principes, et non au droit, qui, dans un autre contexte, a conduit à Guantanamo. Alors, cette laïcité-là est-elle encore soluble dans les Droits de l’Homme ? Plus sous cette forme en tous cas. C’est pourquoi il est urgent de dés-idéologiser nos approches de la Laïcité et, par dessus tout, de revenir et revenir encore aux Droits de l’Homme comme étalon incontournables de nos convictions et de leur mise en œuvre dans notre gestion commune de la Cité.

Michael Privot
Islamologue

1 Voir N. Geerts, Le port du voile à l’école, Tribune de la CGSP enseignement, reprise par la Revue de la Maison de la laïcité à Verviers, pp. 12-13.

Mobilisation des musulmans sur les enjeux européens: Interview sur Mediane.tv

Une petite réflexion partagée sur l'absence de mobilisation des musulmans sur les questions européennes, et en particulier la lutte contre les discriminations qui les concerne tout particulièrement.

Voir à partir de la 5:10' ici.

Je vous conseille cependant de tout regarder dès le début, car l'initiative du European Forum of Muslim Women à l'origine de cette interview est très intéressante.

30.9.08

Patrick Haenni: Egypte: la blogosphère islamiste – miroir d'un nouveau militantisme et facteur de tensions internes au sein des Frères musulmans

Je ne peux que vous recommander la lecture cet excellent article de Patrick Haenni qui ne cesse de confirmer ses talents d’analyste briseur de tabous et d’idées toutes faites, en mettant en lumière l’amplitude de l’impact de la modernité sur les sociétés musulmanes et certaines organisations qui y sont particulièrement actives – les Frères Musulmans pour ce cas-ci.

Très détaillé, cet article démontre comment la blogosphère islamiste en Egypte « participe au renforcement d’une nouvelle tension au sein de la confrérie [des Frères Musulmans] entre un courant protectionniste dans son rapport à l’organisation, le courant du tanzim, et un nouvel esprit militant marqué par un «concordisme» (tawfiqiyya) politique et culturel, c’est-à-dire l’acceptation de l’ouverture sur le champ politique, sur les acteurs non religieux de la société civile et sur les références culturelles non islamiques et en rupture avec la militance » telle qu’elle s’était développée au sein des Frères.

J’y ai retrouvé toutes les thématiques auxquelles les Frères d’Europe sont confrontés et, même si l’article se conclut sur une rentrée dans les rangs des bloggeurs critiques qui semble plus être causée, une fois encore, par la nécessité de réduire au maximum les dissensions internes pour faire face à la féroce répression du régime en place, je trouve encourageant que le débat ne soit pas clos et qu’il puisse se poursuivre en Europe notamment.

A titre de réflexion personnelle, on peut dire que le pragmatisme et le localisme des Frères a pour effet négatif paradoxal de fragmenter la mouvance et d’empêcher un plus grand débat interne véritablement transnational sur les problématiques communes qui les concernent (droits de l’homme, militantisme, élimination de l’héritage qutbiste…), des Etats-Unis à la Chine, en passant par l’Europe, l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie du Sud-Est. C’est un horizon de communication qui reste à explorer, voire à créer, en tous cas pour ceux qui n’ont pas accès à la langue arabe.

Vous trouverez ici l’article en format pdf.

Voir le site Religioscope sur lequel l'article à été publié. A visiter impérativement: une véritable mine d'informations pour ceux qui s'intéressent au religieux en Europe et dans le monde.

11.9.08

Les musulmans d'Europe dans le calcul de la terreur

Article publié sur Saphirnews le 7 octobre 2005

Le contexte: en ce jour anniversaire du 11 septembre 2001 qui a marqué - c'est devenu un poncif - un tournant radical dans les relations internationales, mais aussi dans la façon dont les communautés musulmanes sont devenues majoritairement perçues comme une menace pour la sécurité nationale de nombreux Etats, il m'a semblé intéressant de republier un article que j'avais écrit à la suite des attentats de Londres de juillet 2005. Frappé par la grande confusion et l'indécision qui règnaient au sein du leadership communautaire musulman européen à la suite de ces attentats, j'ai essayé d'attirer l'attention sur la nécessité d'un positionnement clair et sans équivoque à l'heure où certains terroristes se revendiquant de l'islam tentent d'instrumentaliser le développement d'un rejet massif des communautés musulmanes européennes pour pousser ces dernières dans les bras d'un radicalisme politique anti-occidental et potentiellement violent. Je crois que l'essentiel est toujours d'actualité aujourd'hui: un leadership musulman qui ne sait comment gérer la radicalisation rampante d'une partie de sa base ni la dérive de celle-ci vers des logiques d'enfermement sur soi, d'exclusion, voire de réification de l'autre (le kâfir en l'occurrence). Certes, aucun attentat à l'horizon, mais je ne suis pas convaincu que des mesures efficaces, au niveau communautaire, aient été adoptées.

Les terribles attentats de Londres ont soulevé une vague de répulsion unanime, comme il en alla, à juste titre, pour les attentats de Madrid, d'Istanbul, de Bali et de New York. Les communautés musulmanes, particulièrement en Occident, mais également dans le reste du monde, se sont jointes, de façon massive et sans équivoque, aux condamnations indispensables de ces actes odieux.

Dont acte. Ceci étant, dans une perspective musulmane, il n’en reste pas moins que cet élan – attendu et nécessaire – de condamnations ne va pas sans laisser en son sillage quelques points d’interrogation dérangeants.

1. Cet empressement des Etats, des organisations, des associations, des groupes, voire d’individualités musulmans à clamer leur sincère condamnation de toute violence à l’égard de civils, musulmans ou non, ainsi que de toutes les lectures rétrogrades et les manipulations de l’Islam menant à de tels actes de violence, jette une lumière crue sur la véritable incertitude et la crainte profonde dans lesquelles vivent nombre de musulmans de se voir assimilés de près ou de loin à ces dérives sanglantes.

S’il est non seulement éthiquement recommandable mais indispensable de condamner ces comportements extrêmes, on peut regretter que cela se fasse en partie sous la contrainte en ce qui concerne les musulmans. Quel être humain équilibré pourrait pourtant rester insensible à la souffrance et à la désolation causées par ces carnages gratuits ? Mais la coercition morale poussant à l’obligation de la condamnation sous peine de se voir soi-même accusé de collusion avec le terrorisme rend la déclaration de soutien parfois particulièrement amère. Le calcul en vient parfois à s’y disputer avec la compassion, alors que l’on souhaiterait légitimement ne se contenter que de cette dernière. Mais qui pourrait en vouloir à ces musulmans et musulmanes qui voient trembler, lors de chaque attentat, les fragiles relations de confiance qu’ils parviennent à établir avec leur entourage institutionnel, associatif ou banalement relationnel ?

On peut le comprendre : ceux qui ont le plus à perdre sont souvent les musulmans réputés plus conservateurs, l’amalgame étant vite fait, de part et d’autre, entre conservatisme et jihadisme terroriste. S’il est vrai que l’on peut constater que les auteurs d’attentats font rarement – pour ne pas dire jamais – partie de groupes de musulmans libertins, cela n’en signifie pas pour autant que tout individu plus ou moins conservateur serait un terroriste en puissance.

2. D’autre part, cette pression diffuse amenant les musulmans à se justifier ne fait que révéler la lourde méfiance que nourrit, en Europe et aux Etats-Unis, la société dite majoritaire envers ses minorités musulmanes, en dépit des démentis publics et des déclarations de bonnes intentions. Et qui pourrait également la blâmer pour cela : les terroristes provenaient de nos communautés. Et ils appartenaient à des groupuscules particulièrement conservateurs. Certes, la société dite majoritaire doit apprendre à faire la différence, mais il faut avouer que les musulmans eux-mêmes ne lui rendent pas toujours la tâche facile et ne lui fournissent pas toujours les clés de compréhension nécessaires. La question qui se pose dès lors est la suivante : n’est-il pas plus que temps de commencer à faire le ménage au sein de nos communautés ainsi que parmi les discours qu’elles véhiculent ?

En effet, point positif tout d’abord, depuis quelques années, le discours médiatique des musulmans en général s’est fortement clarifié en ce qui concerne ces problématiques d’action politique violente. Pour autant, cela ne doit pas nous aveugler quant à la permanence de certains discours rampants qui justifient, voire légitiment, ou tout simplement banalisent et rendent acceptables ces formes abjectes de violence, au nom d’autres formes de violence commises par des forces armées étrangères sur des populations hétéroclites dont le trait commun serait leur seule islamité.

S’il est vrai que les responsables communautaires développent à ce sujet, et à destination interne des communautés musulmanes cette fois, un discours de plus en plus ferme, parallèle au discours médiatique, l’accent reste mis sur la condamnation a posteriori et le rappel ponctuel de versets ou hâdîth excluant toute forme de violence à l’égard de civils et d’innocents, musulmans comme non musulmans, ainsi que du fait que « cela ne fait pas partie de l’Islam ! ». Cependant, ces attentats ne sont que l’expression paroxystique de processus de maturation se déroulant dans des groupuscules évoluant au sein même de nos communautés et qui se nourrissent des ressentiments, des sentiments d’échec, d’exclusion, de faillite, d’humiliation,… en suspens dans notre psyché communautaire. Et l’on ne sait que trop bien aujourd’hui où peut mener, chez nos jeunes, particulièrement réceptifs à ce mal-être, une inopportune fragilité morale, sociale, familiale, individuelle, identitaire, que d’aucuns n’hésitent pas à exploiter au profit de leur cause. La responsabilité des leaders communautaires n’est-elle dès lors pas d’agir en amont ?

3. Car, effectivement, ceux qui en viennent à commettre ces atrocités ne vivent pas sur une autre planète. Ils sont en plein centre de notre monde, de notre vie, parfaitement au courant de ce qui se passe et de ce qui fait battre le cœur de nos communautés. Que ce soient les ressources technologiques utilisées, les modes de financements, bien souvent illégaux (trafic de drogue, voitures, cartes bancaires volées,…), ou encore les justifications avancées pour leurs actes[1], tout cela démontre l’acuité de leur présence dans le monde, même si la vision théologico-juridique qui les anime est le fruit d’une raison délirante abandonnée à elle-même, cultivant la haine, et le mépris de l’Autre. Or, si de nombreuses personnalités musulmanes et non musulmanes ont souligné que l’Islam n’a cessé d’être pris en otage de New York à Londres, il semble de plus en plus évident que les musulmans également, et pas seulement l’Islam, soient les otages de calculs sordides.

Les membres des groupuscules jihadistes vivent en Occident.

Ces groupuscules ne peuvent pas ignorer que chaque attentat produit automatiquement un choc en retour contre les communautés musulmanes : augmentation du niveau de l’islamophobie (au sens étymologique du terme), agressions verbales, physiques, déprédations de mosquées, de centres communautaires, voire de commerces appartenant à des musulmans… Certains justifient cela comme des dégâts collatéraux autorisés par le triomphe de la bonne cause et produisent à leur appui certaines arguties jurisprudentielles qu’ils voudraient voir considérées comme « halalisant » leur débauche de violence.

Mais, plus subtilement, il est temps que les communautés musulmanes réalisent qu’elles font partie également de ce calcul de la terreur : oui, bien sûr, en tuant un maximum d’Occidentaux « impies » au cœur même de leur quotidien, ces individus espèrent faire plier les Etats dont ils visent les populations. C’est la partie la plus évidente du calcul, la seule qui soit médiatisée. Mais, ces prétendus barbares – et quand on les qualifie de « barbares », on s’interdit toute analyse plus fine de leurs motivations, car hors de portée de la raison –, ne s’arrêteront certainement pas là. N’est-il pas vrai que plus on oppresse un peuple, plus il se durcit, et plus il se mobilise contre l’oppresseur ? De là, le pas peut être franchi : plus les musulmans d’Occident (les traîtres qui ne participent pas à la guerre contre l’oppresseur croisé et laissent leurs frères se faire tailler en pièces !) seront humiliés, violentés, discriminés, ostracisés, plus ils envisageront sérieusement la révolte contre les sociétés dans lesquelles ils vivent. Une stratégie d’exaspération et d’usure est payante, en terme de recrutement de main d’œuvre, à moyenne échéance. Les derniers éléments d’une enquête menée récemment en Angleterre montrent tristement que les nouveaux candidats terroristes sont des jeunes, nés dans ce pays, sans passé judiciaire, radicalisés à force d’exclusion et prêts à se mobiliser pour ce qui leur sera présenté comme une juste cause pouvant donner sens à une vie sans autre horizon que l’exclusion « à perpète ».

Dès lors, pour les responsables communautaires musulmans, il ne s’agit plus seulement de condamner tout en se disant que les communautés musulmanes ne sont en soi qu’un élément périphérique du problème. Au contraire, elles en sont l’épicentre à plus d’un titre : elles sont une variable du calcul d’action violente de ces groupuscules, elles en sont les victimes directes (dans les attentats) et indirectes (dans le choc en retour), elles servent de matrice à ces groupuscules jusqu’à un certain point (dans le bric-à-brac idéologique et dogmatique qu’elles véhiculent et dans lequel elle s’abstiennent de mettre de l’ordre) et, enfin, elles évitent d’affronter directement ces problématiques.

Bien sûr, les moyens et les ressources humaines manquent cruellement pour envisager des actions à grande échelle. Bien sûr, les prêches du vendredi ne suffisent pas à faire évoluer la communauté, sinon cela ferait longtemps que tout aurait été dit et mis en acte. Bien sûr, le dit des mosquées est déjà amplement contrôlé, et à juste titre en l’état actuel des choses, par les services nationaux de sécurité, voire par les services consulaires, et l’on sait que nos responsables font particulièrement attention, avec raison, aux messages ainsi délivrés de façon hebdomadaire. Reste qu’il faut faire avec les moyens du bord, et les prêches, les leçons, les assises, les familles (usra) sont des vecteurs essentiels de tout discours, positif comme négatif. Les groupuscules jihadistes l’ont bien compris, avec les résultats que l’on connaît.

Il est impératif aujourd’hui que les leaders communautaires prennent le risque de bousculer un peu plus leurs ouailles dans leurs convictions, leurs certitudes, leurs préjugés, leurs lectures du monde. Si on ne peut pas faire grand’chose face à des mastodontes comme al-Jazeera, un véritable travail communautaire d’information et de désamorçage des tensions au travers de discours et d’actions coordonnés, matures et responsables peut sans aucun doute avoir un impact durable sur la construction de communautés équilibrées et bien insérées. Pour autant qu’on lui en donne la chance. Trop souvent, on assiste, au sein de nos communautés, à des silences complices. On ne relève pas certains éléments du discours de nos interlocuteurs par lassitude, par manque de temps, pour éviter les ennuis ou les conflits ou encore parce que l’on se dit que ce n’est pas grave de la part de cet interlocuteur précis, qui serait loin d’être un jihadiste. Impossible, en effet, de relever chaque dérapage ! Mais sait-on seulement après combien de dérapages de la sorte, la vie d’un individu peut basculer vers la haine et la volonté de détruire ?

Aujourd’hui, leaders communautaires, détenteurs du discours officiels, mais aussi chacun d’entre nous, nous sommes face à cette responsabilité : être proactifs, et tenter de ne rien laisser passer, mais surtout être cohérents, du minbar à la usra. Et combattre sans répit la haine, le racisme, les préjugés et les délires paranoïaques ou « victimisants » qui minent nos communautés.

On ne peut plus laisser nos coreligionnaires dans l’incertitude, dans l’absence totale de repères clairs, dans le désarroi moral, face à ces situations de crise complexes mettant en cause leur vision du monde, leur sentiment d’allégeance, voire même la fragile architecture de sens qu’ils essayent de bricoler au quotidien. A l’heure où les certitudes identitaires de beaucoup se fissurent ou s’effondrent, les responsables communautaires n’ont plus droit à l’indécision, au manque de courage ou au silence. Les communautés ont cruellement besoin de sens et de guidance, et elles se tourneront vers ceux qui leur fourniront un prêt-à-penser un tant soit peu structuré. Au risque qu’il soit en complet décalage avec leur réalité quotidienne de communautés en processus d’insertion et de négociation avec des sociétés majoritairement non musulmanes. Avec les conséquences funestes que l’on ne connaît aujourd’hui que trop bien.

Or, nous possédons un ensemble de valeurs et un message qui nous fournissent des moyens très efficaces pour répondre à cette situation, même si certains aspects devraient encore être développés en fonction de nos contextes locaux respectifs. Mais, ça, c’est au niveau du discours. Maintenant, au niveau des actes, il faudra se confronter à la question de la loyauté sincère développée dans les discours médiatiques. A titre d’exemple, jusqu’où irons-nous si il était porté à notre connaissance que de tels actes sont en préparation ? Attendrons-nous que soit commis l’irréparable pour pleurer sur les victimes ? En espérant que nous ou nos proches n’en faisions pas partie…

[1] A ce propos, remarquons également en passant que, bien que ces massacres soient commis au nom des souffrances des musulmans en Palestine, en Irak, en Tchétchénie ou en Afghanistan, aucun ressortissant de ces pays ne faisait partie des commandos meurtriers. Pourtant, chacun de ces pays bénéficie d’une large diaspora, en Europe ou aux Etats-Unis, particulièrement mobilisée pour leur propre cause. Cela pose de manière définitive la question de la légitimité de la cause revendiquée par ces groupuscules violents. Au nom de qui, de quoi, agissent-ils quand les premiers concernés n’ont pas recours à de telles méthodes qui ne font que desservir leurs objectifs ? N’y a-t-il pas là détournement frauduleux de luttes nationales au profit de tentatives de mobilisation de communautés diverses dont, à nouveau, le seul dénominateur commun serait l’Islam ? Et dans quel but ?

Vendredi 07 Octobre 2005
Privot Michaël

6.7.08

Un mufti, pour quoi faire ?

Carte blanche publiée dans Le Soir du 18 novembre 2006.

Michaël Privot, Islamologue, administrateur d'un centre islamique

Le contexte: un peu plus loin encore, fin 2006, apprenant que l'EMB envisageait sérieusement de créer le poste de muftî de Belgique, je décidai de réagir et de mettre en avant un certain nombre d'arguments démontrant que la demande paraissait pour le moins inopportune et peu réfléchie. J'apprendrai après la publication de cette carte blanche qu'il n'y avait pas, derrière cette revendication, de véritable motivation religieuse, mais plutôt une approche très matérialiste: "les catholiques reçoivent de l'argent pour rémunérer un cardinal. Nous aussi on veut son équivalent: un muftî de Belgique". On croit rêver. Heureusement, du fait des multiples mésaventures de l'EMB, le projet a été remisé au placard. Jusqu'à quand?

Le débat du samedi
Les catholiques ont leur cardinal. Les israélites leurs grands rabbins. Des musulmans réclament un mufti de Belgique. Inattendue, la revendication suscite la méfiance d'autres fidèles de l'islam. Un enjeu de société.

La soudaine revendication d'un mufti par «les» musulmans interpelle à plus d'un titre, suite à la publication du rapport d'experts sur le financement public des convictions religieuses reconnues et de la laïcité organisée qui défend, à juste titre, un traitement plus équitable entre ces dernières (Le Soir du 8 novembre).

Tout d'abord, de quels musulmans s'agit-il ? Fréquentant assidûment la communauté musulmane de Belgique depuis de longues années, c'est pourtant la première fois que j'entends cette demande. Certes, personne ne discute la nécessité d'une autorité religieuse qui éclairerait avec sagesse et intelligence le cheminement spirituel des musulmans, en harmonie avec les exigences de leur ancrage temporel dans la société belge. L'actuel «comité des théologiens» n'a guère de crédibilité de par le faible bagage théologique et juridique possédé par la plupart de ceux qui y siègent. Mais un mufti est-il la solution adéquate qui emporterait l'adhésion des musulmans de Belgique ?

Plutôt qu'une revendication légitime de l'ensemble des musulmans, cette demande paraît plus relever du souhait de quelques membres de l'Exécutif des musulmans de Belgique dont la faible représentativité est par ailleurs largement reconnue. On ne peut également s'empêcher de penser qu'il y a là tentative d'importer un modèle très culturellement connoté de gestion étatique de l'islam. C'est en Turquie qu'une véritable hiérarchie de dignitaires religieux fut instaurée sous la houlette des dirigeants ottomans et dont l'actuelle Diyanet n'est qu'un avatar.

Mais au-delà de ce que certains comprendront comme une énième tentative d'ingérence étrangère sur une communauté musulmane essentiellement belge, l'importation d'un tel modèle risque de ne pas apporter l'apaisement espéré par d'autres.

Car si les musulmans ont pu relativement facilement accepter de s'intégrer dans le système très particulier de gestion des cultes «à la belge», c'est que la création de l'EMB a pour seule raison d'être de gérer le temporel du culte et non de présenter une hiérarchie religieuse structurée qui édicterait la norme en matière de doxa et de praxis. Certes, il serait peut-être intellectuellement confortable de voir un grand mufti représenter la communauté musulmane aux côtés d'un grand rabbin ou d'un cardinal, mais est-il pour autant nécessaire de vouloir imposer à tout prix ce type de structuration à celle-ci ? Ce qui fait sa richesse et sa complexité, c'est justement cette pluralité d'approches et de tendances dont la plupart sont légitimes.

L'institution d'un mufti peut aisément se concevoir dans une contrée dont la majorité de la population dépend d'une seule école juridique et où la restriction des possibilités de divergences doctrinales répond également à des nécessités politiques. La Belgique, du fait même de l'immigration de communautés musulmanes provenant d'horizons très divers, s'est enrichie de la présence de la plupart des écoles juridiques musulmanes, sunnites comme chiites ou même khâridjites. Or rares sont ceux qui, aujourd'hui, dans le monde, maîtrisent les quatre principales écoles juridiques, pour ne parler que du sunnisme. Où trouver cette perle rare qui, en outre, serait parfaitement au fait des réalités belges et parlerait, cerise sur le gâteau, tant le français que le néerlandais ? Par ailleurs, le revers de la médaille de la diversité juridique, c'est l'absence de consensus. Aussitôt le mufti aurait-il donné un avis, nombreux seraient ceux qui s'empresseraient de ne pas en tenir compte.

Quel pourrait donc être le rôle d'un mufti unique dans un tel contexte ? Jurisconsulte, il n'a d'autre fonction que de délivrer des opinions juridiques. Aux croyants l'entière liberté de les suivre ou non, voire de les disputer. L'exemple de la Pologne est intéressant : alors qu'un mufti originaire de la minorité tatare a été reconnu par l'Etat, il est cependant contesté par les musulmans d'autres communautés en dépit du fait qu'il possède les compétences requises.

Bien que cette diversité soit souvent perçue de l'extérieur de la communauté musulmane comme un problème, voire une menace, il conviendrait au contraire de la considérer comme un atout et de la gérer de façon créative, au lieu de chercher à la restreindre à tout prix. C'est elle qui permet le débat interne et fait progresser les mentalités musulmanes, c'est elle aussi qui évite à la communauté de s'engouffrer unanimement dans une dangereuse radicalisation.

Quelle solution dès lors ? Une vaste consultation de la communauté sur ses attentes en matière de guidance spirituelle me paraît le préalable indispensable à toute démarche. Les références religieuses étant multiples et provenant tant de l'Europe ou des Etats-Unis que du reste du monde musulman, la communauté musulmane belge est joyeusement et anarchiquement polyphonique. C'est une réalité dont il faut tirer le meilleur parti.

Un conseil de théologiens - un terme un peu galvaudé au vu des ressources intellectuelles disponibles - ou, plus adéquatement, de jurisconsultes véritablement compétents, indépendant et ouvert à la diversité de la communauté, y compris ses voix les plus progressistes, ne serait-il pas une solution préférable, plus en phase avec les attentes de la communauté et prêtant moins le flanc à une inévitable contestation ?

#2 : Claquer la bise, serrer la main - quand mon paradis dépend de la façon dont je te dis bonjour

Cette pratique, peu connue il y a encore une trentaine d’années au sein des communautés musulmanes, s’est répandue dans les milieux conserva...